Les publications sur les pluies et les inondations qui ravagent le Mozambique se multiplient ces derniers jours – sur les réseaux sociaux des partis et des personnalités politiques. Des partis comme le Front de libération du Mozambique (FRELIMO, au pouvoir) et l’Alliance nationale pour un Mozambique libre et autonome (ANAMOLA) ont également annoncé la transformation temporaire de certains sièges en centres d’hébergement pour les victimes.
Des voix critiques accusent les partis d’utiliser cette calamité pour leur autopromotion et leur avantage politique. C’est le cas de la militante mozambicaine Fátima Mimbire, qui parle de « populisme bon marché ». Mimbire condamne notamment la position du président Daniel Chapo et souligne le manque, de la part des autorités, de « communication institutionnelle coordonnée » et d’information.
DW Afrique : Comment évaluez-vous la communication sur les inondations au Mozambique ?
Fátima Mimbire (FM): Nous avons remarqué un certain populisme. Et le plus inquiétant dans ce populisme, c’est lorsqu’il vient de l’État lui-même, par exemple. Pour moi, c’est assez glaçant lorsque le président de la République prend un hélicoptère pour survoler les zones touchées avec la Première dame, sans être accompagné d’un personnel technique qui analyse et explique réellement ce qui se passe.
En chemin, ils ont trouvé des personnes assiégées – et aider ces personnes était un geste très opportun de la part du Président de la République – mais je trouve inapproprié que la Présidence de la République ait immédiatement publié un communiqué annonçant que Daniel Chapo avait sauvé 12 personnes. C’est l’essentiel. Cet hélicoptère pourrait être entre les mains de ceux dont la fonction principale est d’effectuer des opérations de recherche et de sauvetage.
DW Afrique : Y a-t-il eu, selon vous, un avantage politique dans cette situation ?
FM : Le président de la République s’inquiète de prendre des vidéos et des photos pour alimenter sa page Facebook. Et je pense que le populisme de la part des gestionnaires publics est bien plus immoral et inacceptable que celui des gestionnaires privés. Le rôle d’un gestionnaire public est de mettre en œuvre des mesures audacieuses, affirmées et rapides pour minimiser les souffrances des populations.
Il faut que la vie passe avant tout et non les « j’aime » ou la recherche à tout prix d’une reconnaissance publique.
DW Africa : D’après ce que vous dites, pensez-vous qu’il y a eu plus de soucis concernant l’utilisation, par exemple, des médias sociaux pour présenter les réalisations que l’accent mis sur une communication efficace ?
FM : Oui, le pouvoir des réseaux sociaux pourrait être utilisé pour garantir que les personnes aient effectivement accès aux informations dont elles ont besoin pour être accueillies et soignées, mais aussi pour informer la société sur ce qui se passe réellement – sur les mesures de l’État, ses besoins et les lieux où l’aide est apportée.
Il y a ici un manque de communication institutionnelle coordonnée. Si le pouvoir de portée des réseaux sociaux était utilisé à des fins utiles, ce serait une valeur ajoutée. Mais cette forme de populisme, d’autopromotion, n’aide pas beaucoup. Nous devons coordonner et guider la communication. Certes, le Président de la République peut faire des publications, mais pas de la manière que nous suivons jusqu’à présent.
DW Afrique : Par rapport à la réponse qui a été apportée, y a-t-il encore un manque de préparation et de moyens, notamment de prévention ?
FM : Il semble que le gouvernement ne se soit pas correctement préparé à cette situation. Tout indique que le Gouvernement a été pris par surprise, du point de vue de l’ampleur du problème. Une autre question qui se pose est : où est le plan d’urgence ?
Ce que nous devrions voir se produire à ce moment précis, c’est que le Centre National des Opérations d’Urgence (CENOE) fonctionne sans interruption, informant les citoyens de l’évolution de la situation, des mesures qui sont adoptées, où se trouvent les centres de relocalisation, où chercher de l’aide, où appeler, qui est assiégé. Il n’est pas acceptable qu’un pays confronté de manière cyclique à ces moments de pluie, d’inondations et de cyclones soit pris par surprise, et que des personnes meurent de toute façon.
