L'UA évalue sa capacité à garantir la sécurité en Afrique

L’UA évalue sa capacité à garantir la sécurité en Afrique

Le 39e sommet de l’Union africaine (UA) devrait être dominé par les questions de sécurité urgentes dans toute l’Afrique, alors que le continent continue de faire face à une escalade des conflits.

Cependant, des doutes grandissent quant à la capacité de cet organisme panafricain à réellement mettre en œuvre des stratégies de paix et de sécurité. Une étude réalisée par l’Institut d’études de sécurité (ISS) en 2023 a révélé que 90 % des décisions prises par le Conseil de paix et de sécurité de l’UA n’ont pas été mises en œuvre depuis sa création en 2004.

L’un des sujets abordés lors du sommet d’Addis-Abeba sera donc le débat sur une éventuelle restructuration au sein de l’organisation. « Il s’agit d’une tentative de revitalisation de l’Union africaine, qui a manifestement échoué et est confrontée à des défis importants, tant sur le plan interne que pour amener les États africains à travailler collectivement dans un esprit panafricaniste, afin de relever les défis du continent », explique l’analyste Tim Murithi à DW.

Outre cette discussion, un débat est attendu une nouvelle fois sur les conflits en cours au Soudan et en République démocratique du Congo (RDC), dans lesquels ni l’UA ni ses partenaires régionaux n’ont réalisé de progrès.

Le leadership africain manque pour résoudre le conflit au Soudan

Moussa Soumahoro, chercheur à l’Institut d’études de sécurité (ISS), estime que ce manque de progrès est lié aux problèmes structurels de l’organisation. En effet, explique-t-il, c’est le fait que l’UA donne aux communautés économiques régionales la responsabilité de gérer leurs propres crises de sécurité qui a conduit à cette impasse.

Le Soudan en est un exemple, estime le chercheur. « C’est ce qui s’est passé au Soudan, où l’organisme régional chargé d’intervenir dans la crise connaît ses propres problèmes structurels, ce qui entraîne des obstacles supplémentaires à son intervention sur le terrain », dit-il.

Depuis avril 2023, le Soudan est secoué par le conflit en cours entre les forces armées et les forces rivales des RSF, entraînant une crise humanitaire et des déplacements d’une ampleur extraordinaire : environ 12 millions de personnes ont été contraintes de fuir leurs foyers et au moins 150 000 seraient mortes dans la guerre.

Les acteurs externes comblent le vide

L’UA et ses partenaires régionaux n’ont jusqu’à présent pas réussi à présenter un plan de paix durable pour ce conflit prolongé. L’analyste Moussa Soumahoro ajoute que « des acteurs extérieurs comblent désormais le vide laissé par ces institutions africaines ».

Citons par exemple les États-Unis, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Égypte qui, en l’absence de solutions africaines, ont pris la tête d’initiatives de paix au Soudan.

Willy Nyamitwe, représentant permanent auprès de l’Union africaine du Burundi – prochain pays à assumer la présidence tournante de l’instance – partage ces évaluations. « De nouveaux conflits éclatent. Nous subissons également certaines interférences d’agents extérieurs, d’acteurs qui ne sont pas originaires du continent », a-t-il déclaré à la DW.

Mais son leadership et ses bonnes intentions changeront-ils quelque chose au sein de l’organisation ? Sa réponse à DW était vague : « La sécurité et la paix sur le continent (ont été) la priorité numéro un de l’agenda de l’Union africaine depuis 2013, lorsque nous avons adopté notre feuille de route pour faire taire les armes d’ici 2030. »

Avec seulement quatre ans pour atteindre cet objectif, l’objectif d’établir la paix, la stabilité et la sécurité en Afrique reste hors de portée.