Le Parlement mozambicain débute ce mercredi (25.02) avec la troisième session ordinaire de l’actuelle législature, qui durera jusqu’en mai, avec à l’ordre du jour des propositions de loi sur les médias et l’audiovisuel.
Les initiatives législatives sont suivies de près par l’Institut de communication sociale d’Afrique australe (MISA Moçambique). Il s’agit d’une organisation non gouvernementale mozambicaine dédiée à la défense et à la promotion de la liberté d’expression, de la liberté de la presse et du droit à l’information.
Dans une interview accordée à DW Africa, le directeur exécutif de l’organisation, Ernesto Nhanale, souligne les points qu’il considère cruciaux dans le paquet législatif — depuis la nécessité d’une régulation indépendante jusqu’au retrait de la disposition relative à la participation de l’État dans le secteur des médias — et met en garde contre les risques que certaines mesures peuvent représenter pour le pluralisme et le droit à l’information au Mozambique.
DW Afrique : Selon vous, quels éléments du projet de loi sur les médias méritent le plus l’attention de ceux qui s’engagent dans la défense de la liberté de la presse ?
Ernesto Nhanale (EN): Ce sont des points qui, je l’espère, passeront selon la dernière négociation que nous avons menée avec le Gouvernement, dans le cadre de la consultation avec le MISA. Nous faisions partie de l’équipe de consultation et étions dans le processus d’harmonisation et la proposition a déjà été soumise au Parlement avec les amendements que nous avons suggérés, y compris le procès-verbal des amendements sur lesquels nous nous sommes mis d’accord.
DW Afrique : Et qu’est-ce qui a été convenu entre le MISA et le gouvernement ?
FR: Essentiellement, les choses qui ont été convenues visent à garantir une réglementation indépendante. J’espère que le Parlement pourra l’apprécier positivement.
L’autre point qui mérite attention concerne la question de la participation de l’État dans le secteur des médias. Cela a été largement débattu et il a été entendu qu’il était important de retirer cette disposition car elle est inconstitutionnelle et remet en cause l’indépendance des médias.
Le gouvernement lui-même, qui met en œuvre ces mesures, est également une partie intéressée, à tel point qu’il existe des médias du secteur public. Il n’est pas nécessaire que l’État rachète des sociétés de médias au secteur privé, car cela violerait déjà le principe même du pluralisme.
Nous avons pratiquement une économie de services et une grande partie des services est fournie à l’État. Les entreprises les plus puissantes, pour la plupart, sont publiques. Certaines entreprises privées sont indirectement contrôlées par des hommes d’affaires liés au parti au pouvoir.
DW Africa : Un autre point très discuté au Mozambique dans ce contexte est la carte professionnelle. Que peut-on dire sur ce sujet ?
FR: Nous ne sommes pas en désaccord avec cela car c’est une question de modèles. Nous avons des contextes démocratiques avec ces modèles de cartes professionnelles, mais nous voulions que le gouvernement cesse de prétendre en faire partie, et la question a été acceptée.
Nous souhaitons également que le Parlement maintienne l’idée selon laquelle la carte professionnelle est une question d’autorégulation. Ce doit être la communauté professionnelle qui propose le modèle d’autorégulation, en l’occurrence la régulation de la carte professionnelle, y compris le statut lui-même.
DW Afrique: Un autre sujet qui a été discuté au Mozambique est le tristement célèbre décret qui donne le pouvoir à l’Institut National des Communications du Mozambique (INCM) de bloquer les télécommunications en cas de « risque imminent pour la sécurité publique » ou pour l’État. Ce décret affecte-t-il également le droit à l’information inscrit dans la Constitution de la République du Mozambique ?
FR: Il existe un vide juridique sur ces questions, mais ce vide juridique révèle avant tout le fait que nous, en tant que pays, n’avons toujours pas une perception claire que ces questions affectent les droits de l’homme. À notre avis, il ne peut y avoir de réglementation qui touche à des questions liées aux droits fondamentaux.
