Mohamed Bazoum avait été élu en 2021, lors de la première transition démocratique du pays depuis l’indépendance. Le mandat devait prendre fin le 2 avril, mais a été interrompu par le coup d’Etat mené par Abdourahamane Tiani, qui maintient une junte militaire au pouvoir.
Aujourd’hui, à quelques jours de la date qui marquera la fin du mandat de Bazoum, les députés réclament sa libération immédiate et défendent le retour à l’ordre constitutionnel, avec des élections libres.
Aujourd’hui, le gouvernement du Niger rejette la position européenne, la qualifiant d’ingérence dans les affaires intérieures. A Niamey, lundi dernier (16.03), des centaines de personnes sont descendues dans la rue pour soutenir la junte militaire, défendant le droit du pays à l’autodétermination.
Citoyens contre l’ingérence
Indigné, un citoyen a déclaré : « La souveraineté ne peut pas être retirée, comme nous l’avons démontré avec la CEDEAO. Nous le démontrerons à l’Union européenne ou à toute autre entité qui veut nuire au Niger. Les affaires politiques du Niger sont la responsabilité des Nigériens. C’est à nous de décider quoi faire et quand le faire. »
Un autre citoyen va plus loin : « C’est une nouvelle tentative d’ingérence dans les affaires intérieures de notre pays. Nous connaissons les ambitions des anciens colonisateurs. Ils ne sont pas intéressés par la démocratie, mais par la reconquête de l’influence au Niger et le contrôle de nos ressources naturelles. »
Les critiques s’adressent directement à la France. L’intérêt pour les ressources du Niger, comme le pétrole et l’or, est de longue date, mais le pays est également important pour l’ancienne puissance coloniale en tant que fournisseur d’uranium pour l’énergie nucléaire. Pendant des décennies, l’exploitation de ces ressources a été entre les mains d’une entreprise française, dont la licence a cependant été retirée par la municipalité.
« Nous savons très bien que ce n’est pas une initiative de l’Union européenne, mais plutôt une machination de la France qui a conduit l’Union européenne (UE), à travers son Parlement, à prendre cette décision précipitée », fustige un autre Malien.
Détention arbitraire
En fait, la résolution européenne est née de l’initiative du député européen français Christophe Gomart, qui rejette les accusations d’ingérence et affirme que l’objectif est uniquement la libération de Bazoum et le retour à la démocratie, sans sanctions ni actions contre les putschistes.
Parallèlement, les défenseurs des droits humains de la région, comme le juriste Alioune Tine, fondateur du centre AfrikaJom à Dakar, sont inquiets et militent pour la libération de Bazoum.
Je suis véritablement indigné et indigné par cette longue détention arbitraire : « Nous agissons avec bonne volonté, au niveau africain et international, pour obtenir la libération du Président Bazoum ».
Pour le juriste, « le président Bazoum est un démocrate humaniste, doté d’un parcours de gouvernance remarquable, ayant fait de grands pas vers une paix et une sécurité effectives au Niger ».
Respect de la loi
Le journaliste et militant nigérien Mamane Kaka Touda considère également qu’il est inapproprié que Bazoum reste en détention pour une durée indéterminée. « Cette résolution, ou le vote en faveur de cette résolution, renforce notre position selon laquelle le président Bazoum doit être libéré. Il reste humain. On ne peut pas priver quelqu’un de son pouvoir et ensuite continuer à le maintenir en détention. »
Et le militant insiste sur le respect de la loi : « Je pense que, lorsque son immunité a été levée, on se souvient encore de ce qui s’est passé. Normalement, si l’immunité a été levée et s’il y a des accusations contre lui, alors laissons les tribunaux faire leur travail et ne continuons pas à le garder dans une aile du palais présidentiel. »
