Le gouvernement mozambicain a approuvé la révision du règlement sur le contrôle du trafic de télécommunications, qui autorise l’Institut national des communications du Mozambique (INCM) à bloquer la voix, les données, les images et autres communications, en totalité, en partie ou par abonné.
L’autorité de régulation justifie que la révision du règlement vise à répondre à l’augmentation des cas de fraude et de cybercriminalité, ainsi qu’à sauvegarder l’intérêt public, soulignant que tout blocage ne peut excéder 48 heures sans décision de justice.
Pour le juriste et défenseur des droits humains João Nhampossa, la nouvelle réglementation viole la Constitution de la République, puisque les droits et libertés fondamentaux ne peuvent être limités que par la loi et dans des situations de nécessité expressément prévues dans le texte constitutionnel.
Selon le juriste, le décret contredit également la loi sur le droit à l’information, la loi sur la presse et la loi sur l’action publique. « Il ne fait aucun doute que l’objectif est de limiter les manifestations, la liberté d’expression, la liberté de la presse et la liberté d’information, qui sont des mécanismes de contrôle de l’action gouvernementale », affirme-t-il.
Contrôle de l’espace civique
La militante sociale Mirna Chitsungo considère que cette mesure représente un signe sans équivoque de contrôle de l’espace civique dans le pays. « Au Mozambique, l’espace civique physique nous a été retiré. Internet est devenu le principal espace d’exercice de la citoyenneté. Ce décret est une stratégie visant à limiter les communications et l’activisme dans les moments critiques », déclare-t-il.
Le militant critique également le manque de consultation publique, estimant que l’approbation de la législation révisée contraste avec le discours officiel d’un dialogue national inclusif.
Chitsungo avance également que cette décision est indissociable du contexte récent des manifestations. « L’expérience des manifestations passées explique ce décret. Le gouvernement a peur de son propre peuple », affirme-t-il.
Dans le même ordre d’idées, João Nhampossa affirme qu’au lieu de répondre aux besoins des citoyens, le gouvernement choisit de s’attaquer aux mécanismes d’exercice des libertés fondamentales. « C’est la légalisation de l’arbitraire. Nous savons bien que derrière cela se cachent les dernières manifestations post-électorales. C’est une dictature de gouvernance et ce n’est pas correct », critique-t-il.
Les journalistes expriment également leur inquiétude. Pour Rafael Machalela, la réglementation pourrait transformer les télécommunications en un instrument de confinement politique. « Le Mozambique choisit de légaliser la dictature. Les télécommunications ne sont plus un service public mais une arme », affirme-t-il.
Selon le journaliste, la mesure crée un environnement d’insécurité pour l’exercice de la profession. « Pour nous, cela signifie travailler dans l’ombre, sous le risque constant d’être criminalisés simplement pour avoir informé la population », ajoute-t-il.
Avec cette mesure, le Mozambique suit une tendance d’autres pays africains comme l’Ouganda, l’Éthiopie, le Sénégal et la Guinée-Bissau qui ont eu recours à l’interruption totale ou partielle des télécommunications lors d’élections, de manifestations ou de crises sécuritaires.
