Depuis que la loi sur la parité a été approuvée en Guinée-Bissau en 2018, les critiques et les plaintes concernant la condition des femmes se sont intensifiées. La législation prévoit une participation minimale de 36 % de femmes à la prise de décision au niveau national.
Cependant, l’approbation de la loi sur la parité n’a pas changé la réalité. La situation des femmes guinéennes est marquée par une surcharge de travail domestique, familial et économique, peu de temps pour le repos, les soins personnels et les loisirs.
De nombreuses femmes travaillent dans le secteur informel et sont obligées de passer plusieurs heures au travail pour assurer leur subsistance.
Claudina Viegas, vice-présidente de la Ligue guinéenne des droits de l’homme (LGDH), affirme que la réalité des femmes en Guinée-Bissau est loin de ce que l’on attend, même si elle souligne certains potentiels :
« La situation des femmes en Guinée-Bissau est marquée par des défis extrêmes. Nous parlons d’une réalité marquée par des inégalités persistantes. Mais nous ne pouvons pas non plus négliger le potentiel de transformation, tous les efforts, toute la résilience, le pouvoir de transformation et la force de la femme guinéenne. »
Conditions précaires
Selon un rapport récemment publié par le projet Observatoire des Femmes, une initiative d’organisations de la société civile guinéenne, dans le pays, la majorité des femmes vivent dans des conditions de logement précaires, avec un accès limité à l’eau, à l’assainissement et à l’électricité, et sont également confrontées à l’insécurité alimentaire.
Pour DW, le sociologue Ivanildo Paulo Bodjam met en garde contre la gravité de la situation.
« Si nous ne parvenons pas à donner aux femmes une place dans la structure décisionnelle, dans la famille et dans les sphères des organisations de la société, nous continuerons à échouer dans la tentative d’identifier une certaine aspiration du point de vue du développement », affirme-t-il.
Le sociologue met en avant le rôle de la femme dans la famille et dans le développement du pays.
« Nous pouvons considérer la famille comme le noyau vital ou la macrostructure d’une société donnée. Et les femmes ont révélé leurs capacités et leurs compétences dans la gestion de cette macrostructure essentielle à la production du consensus et des valeurs nationales », estime-t-il.
Faible représentation
Lors des élections législatives du 23 novembre dernier, il n’y avait qu’une seule formation politique dirigée par une femme présente dans certaines circonscriptions électorales : le Mouvement social-démocrate (MSD), dirigé par Joana Cobde Nhanca.
Parmi les candidats à la députation dans 29 circonscriptions électorales, on comptait également peu de femmes en tête de liste, dans les 14 formations en lice. Quant aux élections présidentielles, aucune femme ne s’est présentée.
Pour la vice-présidente de la LGDH, Claudina Viegas, il doit y avoir des mécanismes, des structures et des politiques qui garantissent une base solide aux femmes.
« Dans l’éducation, des bourses (d’études) pour les femmes, notamment pour les filles, le transport scolaire pour les filles, la lutte contre le mariage des enfants, l’alphabétisation des femmes et leur implication dans le leadership communautaire », énumère-t-il.
La Journée de la femme guinéenne est célébrée chaque année le 30 janvier, en l’honneur de l’héroïne de la lutte pour l’indépendance, Titina Silá, tuée par les troupes coloniales ce jour-là en 1973.
