INSS : les arrestations testent la lutte contre la corruption au Mozambique

INSS : les arrestations testent la lutte contre la corruption au Mozambique

Les arrestations se poursuivent dans l’affaire de corruption impliquant l’Institut national de sécurité sociale (INSS). On sait désormais que le montant en question est d’environ 433 millions de meticais (5,7 millions d’euros), prétendument grâce à l’instrumentalisation des appels d’offres publics, selon le ministère public.

Selon le PGR, l’affaire reste en instruction préparatoire, avec sept accusés inculpés pour délits de détournement de fonds, administration nuisible, corruption active pour acte illicite et association de malfaiteurs. Le processus soulève des questions sur les mécanismes de contrôle interne et les actions de l’administration.

Au Parlement, le procureur général du Mozambique, Américo Letela, a critiqué la « normalisation » de la corruption, affirmant qu’elle génère une culture de « tolérance des comportements illicites » dans laquelle le crime est considéré comme un moyen légitime d’atteindre des objectifs individuels.

Dans une interview accordée à DW, l’analyste mozambicain Hilário Chacate salue le travail des autorités judiciaires au cours du premier trimestre de cette année, attribuant les progrès au fait que la police criminelle répond désormais au PGR et non au ministère de l’Intérieur. Chacate affirme également que les progrès dans cette affaire sont la « matérialisation » du discours du président Daniel Chapo sur la lutte contre la corruption au Mozambique.

DW Afrique : Ces arrestations de hauts dirigeants sont-elles un signe de l’engagement de Daniel Chapo dans la lutte contre la corruption ?

Hilário Chacate (HC): Normalement, les nouveaux gouvernements ont tendance à créer une certaine dynamique pour démontrer leur travail. Pour moi, c’est un bon signe. Le Président de la République avait prononcé un discours affirmant qu’il n’était pas raisonnable que des renards gardent les poulaillers et qu’il entendait également lutter contre les Nhonguistas entrés dans le secteur public. Il me semble donc que c’est une voie pour sortir de ce discours qui semblait à moitié vide, s’il n’avait pas la matérialisation qui est en train de se produire.

Il y a un signe, mais pour moi le plus important, ce ne sont pas les arrestations, c’est ce qui va se passer après les arrestations. C’est donc tout un processus qui sera mené pour juger ces personnes, s’il est confirmé que ces personnes ont bien été impliquées dans les crimes dont elles sont accusées, qu’elles reçoivent des peines exemplaires et qu’elles purgent effectivement leur peine de prison.

DW Afrique : Croyez-vous, dans ce sens, que cette affaire pourrait attirer davantage de responsables de l’INSS et aussi des responsables gouvernementaux ?

CH : L’expérience que nous avons des événements du passé est que ces événements ne se produisent pas seulement au niveau des directeurs, du personnel plus technique. Je veux croire. Il est vrai que les gens jouissent de la présomption d’innocence et que probablement, je le répète, certaines personnes avec beaucoup plus de pouvoir, avec beaucoup plus de capacité d’influencer les processus, peuvent être impliquées, car ce détournement de quelque 400 millions n’est pas un détournement de fonds commun, ce n’est pas une petite somme d’argent.

DW Afrique : Entre-temps, le PGR a critiqué la normalisation de la corruption au Parlement et a également parlé d’une culture de tolérance à l’égard des activités illicites au Mozambique. Ce que je vous demande, c’est si ces déclarations peuvent indiquer que les changements en cours dans le pays sont sur la bonne voie ?

CH : Le scénario auquel nous assistons au Mozambique au cours de ce premier trimestre de l’année semble en effet majeur en termes d’actions des autorités judiciaires et cela semble être associé à ce changement structurel qui s’est opéré du passage de la police judiciaire de la tutelle du ministère de l’Intérieur à la tutelle du bureau du procureur général. Et il me semble que cela a facilité, d’une certaine manière, le rôle d’accusation du ministère public et aussi celui de la police d’enquêter et ce mariage semble pouvoir apporter des résultats.

Et je fais confiance au discours du procureur général de la République parce qu’il y a une pression énorme, non seulement externe, mais aussi interne, et le pays est considéré comme l’un des plus corrompus non seulement d’Afrique, mais aussi du monde, et cela ne favorise pas non plus le Mozambique. Et un autre élément qui, à mon avis, prouve que quelque chose de substantiel est en train d’être fait est ce scénario calme concernant les enlèvements.