"Les gens sont aux commandes": Marche en Guinée-Bissau mercredi

Guinée-Bissau : "Nous en avons marre des arnaques"

La période qui a suivi le coup d’État a été marquée par des arrestations arbitraires, des restrictions des libertés civiles et des informations faisant état de persécutions contre des opposants et des militants.

Parmi les cas les plus médiatisés figure celui du meurtre du militant Luís Balanta, qui a suscité une vague de condamnation début avril. Balanta était bien connu pour ses positions critiques à l’égard du régime militaire installé après l’interruption du processus électoral en novembre.

Ces derniers mois, les arrestations ou intimidations de détracteurs du régime ont diminué, note la Ligue guinéenne des droits de l’homme (LGDH). Malgré cela, plusieurs personnalités continuent d’être détenues, dont le président du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), Domingos Simões Pereira, arrêté lors du coup d’État et actuellement assigné à résidence.

« Fatigué » des arnaques

Six mois plus tard, plusieurs citoyens se disent fatigués du cycle récurrent d’instabilité politique et de coups d’État en Guinée-Bissau, une situation qui, selon eux, a provoqué un épuisement social, une aggravation des conditions économiques et une incrédulité croissante à l’égard de la classe politique.

« Il y a une fermeture considérable d’organisations en raison du manque de soutien des partenaires internationaux », commente un citoyen guinéen. « Les élections sont une erreur. Existe-t-il un cadre juridique qui permette que cela devienne une réalité ? », demande un autre citoyen.

Après l’interruption du processus électoral en novembre – et alors que le candidat de l’opposition, Fernando Dias, revendiquait la victoire au premier tour de l’élection présidentielle – de nouvelles élections législatives et présidentielle étaient prévues pour le 6 décembre 2026.

Cependant, les analystes politiques et les organisations de la société civile expriment des doutes quant à la faisabilité du scrutin cette année, soulignant l’absence de calendrier électoral concret et l’absence de mesures préparatoires essentielles.

Des élections cette année ? « C’est une blague ! »

Le coordinateur du Front populaire, Armando Lona, qualifie l’annonce des élections de « tentative pour gagner du temps » et de « déguisement politique » pour éviter la reconnaissance de la volonté populaire exprimée lors des élections interrompues par les militaires.

Selon Armando Lona, la normalisation constitutionnelle du pays implique nécessairement l’investiture du Président élu lors des élections interrompues : « Ce groupe, lorsqu’il a pris le pouvoir, a dit que les élections n’étaient pas une solution. Et c’est ce même groupe qui organise les élections ? Dans quel but ?

« C’est une blague », conclut Armando Lona.

Conséquences pour les citoyens

Le président de la Ligue guinéenne des droits de l’homme (LGDH) alerte sur l’impact de la crise sur les libertés fondamentales et le fonctionnement des services publics.

Selon Bubacar Turé, la suspension du soutien budgétaire des partenaires internationaux a aggravé les difficultés rencontrées dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’approvisionnement en eau potable et de l’électricité.

« Il est important que les autorités et la communauté internationale aident le pays et les Guinéens à se retrouver à travers un dialogue constructif et franc, dans lequel chacun peut s’exprimer et présenter des solutions durables pour la Guinée-Bissau », appelle-t-il.

D’autre part, Turé dénonce un environnement de peur et d’intimidation qui affecte le travail des journalistes dans le pays.

Le chef de la LGDH critique également les changements législatifs promus par les autorités du Conseil national de transition sans large débat public ni consultation des différents secteurs de la société.

« Nous saluons cette ouverture du gouvernement et du Premier ministre, mais nous pensons que le pays a tout à gagner lorsque les initiatives de dialogue s’étendent à tous les acteurs nationaux », commente-t-il.

La crise politique guinéenne continue d’inquiéter les organisations régionales et les partenaires internationaux, qui appellent au retour à l’ordre constitutionnel, au respect des droits de l’homme et à la création des conditions d’élections transparentes et inclusives.

Alors que les incertitudes politiques persistent, de nombreux Guinéens continuent d’attendre des solutions concrètes qui rétabliraient la stabilité institutionnelle et amélioreraient les conditions de vie de la population.