Décide de proposer la fin du STAE et une réforme profonde du CNE

Décide de proposer la fin du STAE et une réforme profonde du CNE

La plateforme Decide a présenté un ensemble de propositions susceptibles de transformer profondément le système électoral mozambicain, de l’extinction du STAE à la refonte du CNE, en passant par la création d’un tribunal électoral et la révision des critères de nomination aux postes sensibles de l’État. Pour comprendre les fondements de ces propositions et l’impact qu’elles pourraient avoir sur le dialogue national, nous avons écouté le directeur exécutif de Decide, Wilker Dias.

DW Afrique : Pourquoi Decide considère-t-il essentiel de supprimer le STAE et de revoir le modèle de nomination du CNE ?

Wilker Dias (WD): Dans le contexte politique actuel au Mozambique, il est essentiel de remodeler le CNE et de procéder à l’extinction du STAE, car cet organisme a été l’un des principaux véhicules de la fraude électorale.
Si l’on analyse sa composition et son niveau de partisanerie, on se rend compte que le STAE, tel qu’il fonctionne aujourd’hui, est devenu un acteur central d’une fraude généralisée. Le soutien que vous apportez à tel ou tel parti est déterminant pour les résultats électoraux, et cela compromet complètement la crédibilité du processus.

De plus, le STAE faisait double emploi avec des fonctions et devenait redondant. Nous pensons que la CNE peut entreprendre ces tâches à travers un bureau interne chargé de la gestion électorale. C’est pourquoi nous préconisons que la nomination des membres du CNE se fasse exclusivement parmi la société civile, par voie de concours public, avec cinq membres indépendants.

Nous proposons également un mandat unique de sept ans, qui lui permet de suivre l’ensemble du cycle électoral, de préparer les élections, de produire des rapports et d’accomplir sa mission sans pression extérieure.

DW Afrique : Cela apporterait-il plus de transparence et d’indépendance au processus électoral ?

WD : Indubitablement. Le modèle actuel est épuisé, hautement partisan et sert principalement l’élite politique et non les intérêts du peuple. Nous ne pouvons pas parler de transparence et de démocratie lorsque les corps électoraux continuent d’être accaparés par les partis.

Pendant des années, ce fut toujours la RENAMO, puis le FRELIMO, puis le MDM, maintenant d’autres mouvements… mais la volonté du peuple est rarement respectée. Le système actuel ne garantit pas une démocratie consolidée. C’est précisément pourquoi nous présentons cette proposition.

DW Afrique : Decide propose également un tribunal électoral et la révision des critères de nomination aux postes sensibles de l’État. Quels problèmes spécifiques souhaitez-vous résoudre ?

WD : Un tribunal électoral permettrait de régler rapidement et clairement les litiges électoraux, évitant ainsi des discussions interminables sur le tribunal qui a le pouvoir de décider.
Ce tribunal assumerait également certaines fonctions qui appartiennent actuellement au Conseil constitutionnel, comme celle de vérifier la régularité des candidatures présidentielles.

Nous proposons que ses membres soient choisis par le Conseil supérieur de la magistrature, et non par le Président de la République, justement pour garantir l’indépendance. Il serait composé de cinq membres, avec également un mandat unique de sept ans.

Ce tribunal jouerait également un rôle important dans le contrôle interne des partis politiques – questions disciplinaires, conflits internes et autres problèmes que nous voyons aujourd’hui, par exemple à la RENAMO ou à Podemos.

DW Afrique : Decide suit la situation d’environ 2 000 personnes arrêtées après les manifestations post-électorales. Quel rôle attendez-vous de Côté et quel rôle Decide veut-il jouer dans ce processus de réconciliation ?

WD : Premièrement, les autorités doivent admettre ce qui s’est passé : il y a eu des excès, il y a eu des morts, il y a eu des tortures et des détentions arbitraires. Sans cette reconnaissance, il ne peut y avoir de réconciliation.
La police affirme que des uniformes et des armes ont été volés lors des manifestations, mais elle n’explique jamais où, combien ni comment. Ce manque de transparence transforme le discours officiel en une histoire peu crédible aux yeux du peuple.

Depuis la fin des manifestations, Decide est en première ligne, apportant un soutien psychosocial et une assistance médicale. Mais la réconciliation ne sera possible que si les acteurs, notamment la Police, reconnaissent les erreurs commises et s’excusent.

Côté peut jouer un rôle essentiel en partageant le travail : une partie consacrée à la réconciliation, l’autre aux réformes. Il est important que vous travailliez en coordination avec les organisations qui soutiennent les victimes. Aujourd’hui encore, de nombreuses personnes sont détenues à Manica, par exemple dans la prison connue sous le nom de « Cabeça do Velho », et des dizaines d’autres ont été récemment jugées à Zambézia.

Si ces questions ne sont pas traitées sérieusement, tous les efforts de réforme seront vains. Les blessures sont encore ouvertes.