Tshisekedi à Luanda pour relancer le processus de paix ?

Tshisekedi à Luanda pour relancer le processus de paix ?

Le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, a effectué cette semaine une visite à Luanda, la deuxième en moins d’un mois.

Lors de leur rencontre avec son homologue angolais et président par intérim de l’Union africaine, João Lourenço, les deux chefs d’État ont discuté de la situation sécuritaire dans l’est de la RDC, où les affrontements se poursuivent entre l’armée nationale, soutenue par les milices Wazalendo, et les rebelles de l’AFC-M23, malgré l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda signé le 4 décembre à Washington.

Le conflit a déjà impliqué la médiation de plusieurs pays, dont le Kenya, l’Angola, le Togo, le Qatar et les États-Unis.

Dans une interview accordée à DW, Yvon Muya, chercheur à l’École d’études sur les conflits de l’Université Saint-Paul, à Ottawa, Canada, estime que ces voyages renforcent l’importance de la médiation africaine.

Selon lui, « il est logique que Félix Tshisekedi consulte João Lourenço, qui a longtemps été le médiateur de l’Union africaine dans ce conflit ».

Les États-Unis se concentrent sur le Venezuela

En outre, rappelle le chercheur, « cette visite a lieu à un moment où les États-Unis, principaux sponsors de l’accord de Washington, sont absorbés par d’autres dossiers internationaux, notamment le Venezuela. L’Angola redevient donc un lien diplomatique important pour maintenir la dynamique de médiation », estime-t-il.

A l’issue de la réunion à Luanda, Félix Tshisekedi a déclaré que João Lourenço avait présenté des « propositions très intéressantes » pour la paix dans la région. Le président congolais, cité par l’Agence Angola Presse (Angop), a déclaré que la rencontre avait été « très utile ».

Les propositions présentées par João Lourenço « ne s’écartent pas des processus existants, à savoir les accords de Washington et de Doha, mais visent plutôt à renforcer et à compléter les voies déjà ouvertes pour la paix », a-t-il souligné.

L’Angola semble être une fois de plus impliqué dans la médiation de ce conflit. Certains analystes s’interrogent cependant sur sa capacité à obtenir des résultats positifs, compte tenu des échecs de Washington.

Le politologue Christian Moleka craint que la multiplication des voies diplomatiques ne devienne contre-productive et s’interroge : « Est-ce un processus interne ? Est-ce un contrôle de la mise en œuvre des différents protocoles signés à Doha, qui devraient être repris par un Etat africain ? Est-ce une nouvelle médiation ? »

Pour Moleka, « tout dépend du cadre donné à Luanda. N’est-ce pas là un excès de diplomatie, qui complique encore une fois les démarches et qui, à un moment donné, va conduire à une forme d’usure ? »

Ces nouvelles tentatives mettent en lumière le rôle du dialogue africain, même si les attentes sont faibles, car les États-Unis, avec un poids stratégique supérieur à celui des médiateurs africains ou qatariens, n’ont pas réussi à rétablir la paix dans l’est de la République démocratique du Congo.