Le Mozambique a fait « peu de progrès » dans la prévention de la torture et des mauvais traitements dans les prisons au cours des dix dernières années. C’est la conclusion du Sous-Comité des Nations Unies pour la prévention de la torture (SPT), qui appelle à l’intensification des efforts de prévention.
L’organisme de l’ONU s’est rendu au Mozambique en octobre pour évaluer la mise en œuvre des recommandations laissées au pays en 2016 et a visité des commissariats de police et des établissements pénitentiaires.
Le Sous-Comité pour la prévention de la torture a averti que le Mozambique devait renforcer le mandat et l’efficacité de la Commission nationale des droits de l’homme, qui fait office de mécanisme national de prévention (MNP) contre la torture, chargé d’effectuer des visites régulières dans les centres de détention pour prévenir la torture et d’autres formes de mauvais traitements.
À DW, André Mulungo, du Centre pour la Démocratie et les Droits de l’Homme (CDD), affirme qu’il n’est pas surprenant que le Mozambique ait fait des « progrès limités » dans ce domaine. Le militant souligne le recours à des « mécanismes archaïques » dans les enquêtes sur les crimes et la « position de la police » mozambicaine comme étant quelques-uns des facteurs qui limitent les progrès dans la prévention de la torture et des mauvais traitements dans les prisons du pays.
DW Afrique : Comment évaluez-vous cette conclusion du Sous-Comité de l’ONU pour la prévention de la torture ? Cela vous surprend ?
André Mulungo (AM): Pas surprenant. Nous vivons cela au quotidien et ce qu’ils disent confirme ce que nous, en tant qu’organisations de défense des droits de l’homme, dénoncions. Nous avons des commissariats de police et des cellules de prison qui servent de centres de torture et de mauvais traitements aux détenus. Par exemple, il y a quelques jours, nous avons reçu la plainte d’un jeune homme qui a été torturé jusqu’à perdre la vie dans les cellules du commandement du district de la province de Zambézia. Le ministère public a déjà fait des commentaires à ce sujet.
DW Afrique : Que s’est-il passé pour que le Mozambique ait « peu de progrès » à cet égard ?
SUIS: Beaucoup de choses échouent : premièrement, l’utilisation de mécanismes d’enquête archaïques. En d’autres termes, torturer des personnes dans l’espoir d’obtenir des preuves d’un crime qui aurait pu être commis. C’est une dimension. En outre, l’attitude de notre police, qui est violente par nature, notamment à l’égard des personnes défavorisées et des personnes réputées avoir des liens avec les partis politiques d’opposition.
Se pose ensuite la question des investissements, d’une part pour lutter contre la délinquance et, d’autre part, au sein des établissements pénitentiaires eux-mêmes. Les prisons sont surpeuplées. Le simple fait que nous ayons des prisons surpeuplées constitue une violation des droits de l’homme, car même si quelqu’un a commis un crime, a été jugé et condamné, il ne perd pas ses droits. Il doit purger sa peine avec un minimum de dignité. Je pense que c’est une combinaison de ces facteurs qui fait que le pays n’a pas progressé ces derniers temps.
DW Afrique : Dans le cadre des manifestations postélectorales et des arrestations qui ont eu lieu, des cas de violence et de torture ont été signalés. Il y a eu également une évasion de prisonniers à Maputo, où des coups de feu ont été tirés contre des prisonniers et des morts. Ces épisodes ont-ils contribué à ce résultat ?
SUIS: Il ne devrait y avoir aucun doute. Dans le cas des évasions de prisonniers, les données officielles du gouvernement de l’époque indiquaient que plus de 30 personnes avaient perdu la vie, mais les enquêtes que nous avons menées indiquent que, pendant le processus de récupération de ces prisonniers évadés et après leur capture, au sein même de l’établissement pénitentiaire, des personnes ont été violées, agressées et assassinées. Cela ne fait donc aucun doute. Le nombre de personnes violées, battues par la police dans leurs cellules lors des manifestations postélectorales est effrayant. Nous ne disons pas que ce sont des situations qui se sont produites uniquement pendant cette période. La question de la torture, des traitements cruels et dégradants, nous accompagne à tout moment, mais elle s’est aggravée pendant la crise post-électorale.
DW Afrique : Selon vous, la Commission nationale des droits de l’homme, qui fait office de Mécanisme national de prévention (MNP) contre la torture, a-t-elle également sa part de responsabilité ? Une plus grande vigilance est-elle nécessaire ?
SUIS: La commission, partenaire du CDD, fait son travail dans la limite de ses possibilités, dans les limites, du point de vue de l’action et du point de vue des moyens de travail. La commission n’a pas de ressources. Le gouvernement fournit ces moyens, et c’est ce gouvernement qui viole les droits de l’homme. Nous connaissons les limites et les insuffisances de la Commission nationale des droits de l’homme. Vous avez besoin d’autonomie, d’agir librement et de manière indépendante et de disposer de votre propre budget. Si l’on veut surveiller ceux qui violent et si, en même temps, celui qui viole est celui qui donne de l’argent, il est clair qu’il n’y aura pas d’argent pour surveiller et s’exposer.
La commission est conditionnée, elle a besoin d’indépendance, de liberté et de ressources humaines et matérielles pour pouvoir travailler.
