Si les opposants arrêtés lors du coup d’État militaire en Guinée-Bissau ne sont pas libérés d’ici le 7 janvier, une nouvelle marche civique aura lieu. C’est ce que Sabino Gomes Júnior, représentant de la société civile guinéenne, a révélé à DW qu’avec les hommes politiques, les associations et tous ceux qui ont signé le Pacte social pour le « salut de la démocratie » en Guinée-Bissau, ils avaient déjà appelé à une marche nationale le 31 décembre pour exiger le rétablissement de l’ordre constitutionnel dans le pays, qui a entre-temps été stoppée par les forces de sécurité.
Malgré les difficultés et le contexte de peur croissante, la lutte se poursuivra, garantit le président du Forum des coalitions API Cabaz Garandi et PAI – Terra Ranka, qui attend en 2026 davantage d’action de la communauté internationale. Il y a une ouverture au dialogue avec les militaires au pouvoir, mais il faut d’abord libérer les prisonniers, garantit-il.
DW Afrique : La marche nationale convoquée le 31 décembre pour exiger le rétablissement de l’ordre constitutionnel en Guinée-Bissau a été stoppée par les forces de sécurité. Comment comptez-vous poursuivre votre combat face à toutes les difficultés ?
Sabino Gomes Junior (SGJ): Avec la même conviction et la même stratégie que toujours. Nous avons annoncé la marche le 31, mais nous n’avons jamais annoncé l’heure ni le lieu. La marche s’y est déroulée le 31, avec beaucoup de difficultés pour des raisons de sécurité, mais elle a eu lieu au début de l’année, à minuit. Nous sommes sortis dans la rue. Beaucoup de collègues ne voulaient pas être filmés. Un de nos collègues qui prenait les images, certaines photographies, n’a pas encore été identifié. La famille dit qu’elle n’a pas pu le contacter depuis le 31 et cela nous inquiète. L’idée est de continuer à marcher continuellement et toujours avec la même stratégie, c’est-à-dire sans annoncer le lieu ni l’heure. Si les prisonniers ne sont pas libérés d’ici le 7 janvier, nous annoncerons une autre marche civique.
DW Afrique : Il existe un climat de peur et de répression très fort et le chef du haut commandement militaire a déjà déclaré que ce serait une année très difficile en Guinée-Bissau. Êtes-vous d’accord?
SGJ: Nous comptons là-dessus, car tant qu’il n’y aura pas un retour à la liberté constitutionnelle, tant qu’il y aura des enlèvements, des tortures de personnes et ce climat de peur, nous ne pourrons pas faire une bonne année. Il est clair que les signataires du Pacte social demanderont également une intervention de la communauté internationale pour demander des comptes à ceux qui provoquent et créent ce climat.
DW Afrique : Existe-t-il déjà un plan de dialogue avec des organisations régionales, telles que la CEDEAO et la CPLP, qui peuvent faire pression pour le rétablissement de l’ordre constitutionnel ?
SGJ: Oui, il y a des lettres qui sont en préparation pour demander des rencontres directes. Dans ce cas, nous parlons bien de société civile. Nous avons déjà dit que nous souhaitions également discuter avec les autorités putschistes à Bissau. La communauté internationale, en l’occurrence la CEDEAO, avait déjà évoqué lors de la dernière réunion des chefs d’État de l’organisation que la société civile participerait à ces négociations. Mais rien ne se passe jusqu’à présent. Nous exigeons qu’il y ait des conditions minimales en interne pour que ces dialogues aient lieu, mais cela implique nécessairement la libération des prisonniers. Nous n’allons pas entamer un dialogue avec les personnes incarcérées. La société civile ne participera à aucune réunion ou réunion pour la réconciliation nationale et la résolution des crises alors que les prisonniers politiques, militaires et civils sont injustement emprisonnés.
DW Afrique : Le Pacte social pour le « salut de la démocratie » en Guinée-Bissau a été signé en décembre. Quel sera par exemple le rôle concret de la diaspora guinéenne et comment compte-t-elle changer la situation politique du pays ?
SGJ: La diaspora guinéenne est extrêmement importante et a été la réserve morale de la société guinéenne. Elle a été une réserve d’énergie et une source d’inspiration pour la société civile qui est également en difficulté en ce moment en Guinée-Bissau. Nous comptons sur la diaspora de différentes manières. Premièrement, nous parlons de groupes intellectuels. Ce sont des individus qui aiment la Guinée-Bissau et qui sont directement engagés dans le pays, mais ce sont aussi des intellectuels qui ont des idées et des propositions de solutions pour que la Guinée-Bissau puisse trouver sa voie : celle de la démocratie, de la légalité et du développement. Concrètement, nous souhaitons que ces négociations aient lieu lorsqu’il existe des conditions minimales pour qu’elles aient lieu. Nous voulons que la diaspora en fasse partie. La société civile devra en faire partie. Nous voulons être les promoteurs de ces dialogues avec la communauté internationale. Sans diaspora, ces dialogues ne seront pas fructueux. Nous avons déjà ouvert le Pacte social aux universitaires, aux syndicats, à tout le monde, pour refonder une nouvelle Guinée-Bissau. En 2026, il faudra commencer cette nouvelle Guinée-Bissau, qui ne consistera pas à laisser injustement en prison des hommes politiques, des civils ou des militaires. Ils doivent être libérés pour qu’ils puissent participer à ce dialogue national que nous souhaitons avoir avec le soutien de la communauté internationale, mais sans ce climat de peur qui empêche les gens de s’exprimer. Le climat d’enlèvements et de torture doit cesser.
