Révision constitutionnelle "n'a pas de cadre juridique"

Révision constitutionnelle "n’a pas de cadre juridique"

Le Conseil National de Transition, créé après le coup d’État de novembre, a approuvé, ce mardi (13.01), une révision constitutionnelle qui renforce les pouvoirs du chef de l’État de Guinée-Bissau.

Invité à analyser les changements annoncés, le juriste Fransual Dias affirme à DW que la révision en question « n’a pas de cadre juridique » et nie que le régime semi-présidentiel soit maintenu, car, explique-t-il, « en ce moment, les pouvoirs sont totalement concentrés dans un Président de la République ».

DW Afrique : Comment voyez-vous cette révision de la Constitution ?

Dias Fransuelles (FD) : Si nous avions des doutes, il est maintenant plus clair que le coup d’État prépare le terrain pour le retour d’Umaro Sissoco Embaló ou son remplacement, puisque la version de la Constitution adoptée était la même que celle qu’Umaro Sissoco Embaló avait soumise à l’Assemblée populaire nationale, qui a été catégoriquement rejetée, même si elle n’était pas programmée.

C’est une Constitution quelque peu contradictoire. Nous sommes confrontés à une situation de transition de la Constitution. Malheureusement, nous sommes confrontés à un effondrement constitutionnel. Nous ne pouvons pas perdre de temps à nous pencher sur cette Constitution.

DW Afrique : Mais n’est-ce pas une Constitution qui peut rester en vigueur jusqu’à de nouvelles élections ?

FD : En principe, il devrait être approuvé par l’Assemblée populaire nationale. Mais ce à quoi nous assistons est une sorte de transition de la Constitution, c’est-à-dire que ce Conseil National de Transition est une sorte d’Assemblée constituante, mais les membres du Conseil de Transition ne se sont pas souvenus que normalement l’Assemblée constituante est élue, c’est pourquoi nous ne pouvons effectivement qualifier cette Constitution comme la version qui doit être appliquée dans le cadre de la normalité constitutionnelle.

DW Africa : En d’autres termes, cela n’est pas valable et n’a aucun cadre juridique ?

FD : Il n’a pas de cadre. Le Président de la République nomme désormais le Président du Conseil Supérieur de la Magistrature et le Conseil du Ministère Public. En d’autres termes, il y aura un organisme qui concentrera la gestion des juges et la gestion des procureurs. Et le Président de la République nomme le président de cet organe. En d’autres termes, il commence à donner des ordres aux tribunaux. Et le Président de la République nomme le Premier ministre avec simple audition des partis politiques représentés à l’ANP. Autrement dit, cela ne dépendra pas des résultats électoraux pour la nomination du premier ministre. Et en plus, le Premier ministre devient un simple subordonné du Président de la République, qui lui donne des ordres et des instructions.

Nous sommes face à une version que je ne comprends pas si c’est une version parlementaire, si c’est une version présidentielle et/ou si c’est une version marxiste, socialiste.

DW Afrique : Mais on dit que le semi-présidentialisme restera…

FD : Vous ne pouvez pas le faire du tout. Un régime présidentiel fonctionne avec l’existence d’un équilibre entre les instances souveraines. À l’heure actuelle, les pouvoirs sont entièrement concentrés entre les mains d’un seul président de la République.