Selon les agences internationales, plusieurs sources diplomatiques confirment que l’armée fédérale éthiopienne positionne des unités en plusieurs points proches de la région du Tigré. De l’autre côté, les Forces de défense du Tigré avancent également vers les zones frontalières.
Les analystes préviennent que ce mouvement militaire est inhabituel et pourrait annoncer une nouvelle escalade. Amdom Gebreselassie, président de l’Arène du Tigré pour la démocratie et la souveraineté à Mekelle, a confirmé à DW que l’atmosphère est tendue et que « le Front populaire de libération du Tigré (TPLF) est militairement actif dans la région ».
« Les forces chabia du Front populaire de libération de l’Érythrée (EPLF) infiltrent les services de renseignement dans plusieurs zones ; il y a de nombreux individus en uniforme sur le terrain. Les forces de défense fédérales y sont également stationnées. Beaucoup sont pleinement mobilisées. Il existe un risque de guerre et on craint une reprise du conflit », conclut Gebreselassie.
Entre 2020 et 2022, la région a été le théâtre d’une guerre impliquant les troupes fédérales, les milices alliées et l’armée érythréenne, faisant des centaines de milliers de morts, selon les estimations de l’Union africaine (UA).
Malgré la signature d’un accord politique, celui-ci n’a jamais été pleinement mis en œuvre et, en janvier, de nouveaux affrontements ont conduit à la suspension temporaire des vols vers la région.
Le « fantôme » du conflit reste présent
Mustafa Abdu, juriste et analyste politique à Mekelle, rappelle dans une interview à DW que les « fantômes » du conflit sont toujours présents au Tigré. « Les habitants du Tigré vivent dans une situation désespérée. La guerre les a profondément touchés, ils n’ont pas encore surmonté la douleur. Le fait que le conflit ait pris fin avec l’accord de Pretoria et soit sur le point de reprendre est décourageant. La situation au Tigré est extrêmement difficile », rapporte-t-il.
Face au risque élevé d’une reprise de la guerre dans le nord de l’Éthiopie, les appels se multiplient pour que la communauté internationale fasse pression en faveur d’un dialogue immédiat.
Amdom Gebreselassie réitère que le peuple du Tigré ne veut pas d’un nouveau conflit, « il veut la paix, mais les forces armées ont atteint un point où elles sont préparées à une guerre qui dépasse leurs capacités ».
Le dirigeant ajoute également que le Front populaire de libération du Tigré (TPLF), Shabia et FANO, la milice ethnonationaliste Amhara, ont récemment annoncé une alliance militaire pour défendre le Tigré.
Les relations entre l’Éthiopie et l’Érythrée se sont également détériorées. Addis-Abeba accuse Asmara de fournir des armes aux groupes armés du Tigré, ce que nie le gouvernement érythréen.
La semaine dernière, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a appelé à des mesures urgentes pour éviter un nouveau conflit. Mustafa Abdu souligne que la guerre peut encore être évitée, à condition que l’accord de paix de Pretoria soit pleinement respecté.
