La vie revient à la normale en Tanzanie, après une semaine de violentes manifestations, motivées par l’exclusion des principaux partis d’opposition, du vote du mercredi 29 octobre dernier.
Les gens retournent déjà dans la rue, les transports publics et privés reprennent leurs trajets et les petites entreprises rouvrent leurs portes, en particulier dans les régions qui ont été confrontées à des violences et à des manifestations.
Yusuf possède un stand de fruits à Dar es Salaam et avoue : « J’avais encore peur d’ouvrir. Mais aujourd’hui, avec plus de monde dans la rue et des soldats plus calmes, j’ai décidé d’y retourner. J’ai besoin de nourrir mes enfants. »
Les autorités tanzaniennes ont levé hier le couvre-feu obligatoire imposé depuis mercredi dernier. Malgré cela, la connectivité Internet reste instable. De nombreuses entreprises numériques sont restées paralysées depuis la semaine dernière.
Joseph Mrema est un entrepreneur numérique. Il explique les difficultés qu’il traverse : « Mon site internet a été de nouveau opérationnel pendant quelques heures, j’ai pu servir deux clients. Mais ce matin, tout est encore tombé en panne. Sans internet, il n’y a pas de travail. »
Un nouveau départ marqué par la peur
Les pénuries de carburant inquiètent également les Tanzaniens. Dans les centres urbains comme Mwanza et Arusha, les files d’attente aux stations-service sont devenues monnaie courante. L’impact se fait sentir même dans les églises et les écoles, qui rencontrent des difficultés à fonctionner normalement.
Les violences électorales ont profondément marqué le pays. Même si certaines sources font état d’un nombre élevé de décès, des enquêtes conjointes indiquent que les données pourraient avoir été exagérées.
Cependant, le principal parti d’opposition, le Chadema, insiste sur le fait qu’il y a eu environ 1 000 morts. Deogratius Munishi – porte-parole de la formation politique, dit avoir des informations selon lesquelles la police se rend dans plusieurs hôpitaux pour récupérer les corps des personnes assassinées lors des manifestations.
« Nous avons entendu dire que certains d’entre eux sont enterrés dans des fosses communes. Certains sont jetés dans l’océan Indien et d’autres sont rassemblés dans des sacs mortuaires et jetés dans la rivière Ruvu, célèbre pour abriter de nombreux crocodiles. Ainsi, lorsqu’ils jettent (les corps), ils servent de nourriture aux crocodiles », rapporte-t-il.
Enquête
Chadema réclame donc une enquête internationale et indépendante sur les faits rapportés. La nouvelle présidente Samia Suluhu accuse les étrangers d’être responsables des manifestations meurtrières dans le pays.
« La plupart des jeunes arrêtés pour avoir commis des actes illégaux venaient de l’extérieur de la Tanzanie », a déclaré Suluhu, exhortant les autorités chargées de l’application des lois à enquêter sur ce qui s’est passé.
Ce mercredi (05.11), le nouveau procureur général de la République entre en fonction, à Chamwino, Dodoma, dont la majorité des Tanzaniens espèrent qu’il aidera à élucider les décès, lors des manifestations pré et post-électorales. Les organisations de défense des droits humains espèrent que le rétablissement d’Internet contribuera à recueillir des preuves de ces allégations.
