La Somalie et l'Arabie Saoudite renforcent leur coopération militaire

La Somalie et l’Arabie Saoudite renforcent leur coopération militaire

La Somalie vient d’annoncer l’ouverture d’un nouveau chapitre dans sa coopération militaire avec l’Arabie saoudite. À cette fin, les deux pays ont signé un accord qui, même si les détails n’ont pas été révélés, renforce la présence saoudienne dans la Corne de l’Afrique et intervient à un moment de forte concurrence entre les puissances du Golfe pour l’influence dans la région.

Le document a été signé à Riyad par le ministre somalien de la Défense Ahmed Moallim Fiqi et le prince saoudien Khalid Bin Salman. Sur le réseau social X, le dirigeant somalien a souligné que l’accord, outre le volet militaire, couvre également plusieurs domaines d’intérêt commun ».

L’accord intervient quelques semaines seulement après qu’Israël a annoncé son intention de reconnaître le Somaliland, la région séparatiste du nord, en tant qu’État indépendant, ce que Mogadiscio rejette fermement, le considérant comme une ingérence dans ses affaires intérieures.

La Somalie avait également déjà signé un autre pacte de défense avec le Qatar. Objectif : renforcer la coopération militaire et former les troupes somaliennes.

Les pays du Golfe rivalisent d’influence

L’accord avec l’Arabie Saoudite profite aux deux parties, affirme l’analyste et ancien rédacteur somalien de la BBC Abdullahi Abdi Sheikh. « Pour l’Arabie Saoudite, cela signifie étendre son influence au golfe d’Aden et à la zone de Bab-el-Mandeb, cruciale pour le commerce mondial. Au moins 10 % du transport maritime mondial passe par là », explique-t-il.

Ainsi, selon l’analyste, Riyad tente d’étendre sa présence en Somalie, tandis que Mogadiscio cherche de nouvelles alliances après des relations tendues avec les Émirats arabes unis.

Ces dernières années, les Émirats ont accru leur présence dans la Corne de l’Afrique, grâce à des investissements de plusieurs milliards de dollars dans un soutien militaire discret, intensifiant ainsi leur rivalité avec l’Arabie Saoudite pour l’influence dans la mer Rouge.

Dans un commentaire à l’agence Reuters lors du sommet de l’Union africaine (UA), un diplomate africain a déclaré que « l’Arabie saoudite a réalisé qu’elle risquait de perdre la mer Rouge ».

Mais, selon Abdi Sheikh, l’accord militaire renforce également la capacité de la Somalie à garantir sa sécurité maritime et à lutter contre le terrorisme. « Cela contribue à réduire l’influence des pays considérés comme proches de la reconnaissance israélienne du Somaliland », ajoute-t-il.

Un optimisme prudent

Mogadiscio accuse les Émirats arabes unis d’avoir facilité l’initiative israélienne et d’avoir annulé en janvier tous les accords avec Abou Dhabi, y compris les concessions portuaires et les partenariats de défense.

L’analyste décrit l’accord avec Riyad comme « une mesure stratégique contre Israël et ses alliés ». Le président somalien Hassan Sheikh Mohamud a déjà déclaré qu’il « ne permettra jamais l’installation d’une base israélienne au Somaliland » et a promis de « faire face » à toute tentative en ce sens.

L’expert en sécurité Hassan Hilowle Abukar voit dans l’accord avec l’Arabie saoudite une opportunité de renforcer les forces armées somaliennes, après des décennies d’instabilité et d’attaques du groupe Al-Shabab. « Cet accord présente de nombreux avantages qui nous permettront de résoudre ces problèmes ainsi que d’autres liés à notre sécurité », a-t-il déclaré.

Des réactions positives proviennent également de Mogadiscio de la part de la société civile. Mohamed Abdullahi, un habitant de la capitale, affirme que l’accord arrive à un moment critique. « C’est une aide militaire importante et un soutien politique vital, surtout maintenant que notre souveraineté est mise à l’épreuve suite à la décision d’Israël sur le Somaliland », conclut-il.