L’Association du Barreau du Mozambique (OAM) a critiqué aujourd’hui les actions de la police dans un cas présumé d’« exécution sommaire », en public, d’un suspect, affirmant qu’elle ne peut pas remplacer les tribunaux, défendant une enquête indépendante sur cette affaire.
Dans un communiqué, l’OAM exprime sa « profonde préoccupation et son rejet véhément » des informations faisant état de la mort d’un suspect à la suite d’une opération de police survenue samedi soir (18 juillet) dans un bar de Xinavane, district de Manhiça, province de Maputo.
Violation de la Constitution
L’OAM affirme que, « s’il est confirmé » que la victime a été tuée « dans des circonstances qui constituent une exécution sommaire », l’affaire représentera « l’une des violations les plus graves de la Constitution de la République, du droit à la vie, de la dignité de la personne humaine et des principes fondamentaux de l’État de droit démocratique ».
L’OAM rappelle que « le recours à la force meurtrière par les agents chargés de l’application des lois est soumis aux principes de légalité, de nécessité, de proportionnalité et de strict caractère indispensable », et que « l’impunité dans les cas d’exécutions extrajudiciaires présumées érode la confiance des citoyens dans les institutions, affaiblit l’État de droit et crée de dangereux précédents pour la normalisation de la violence d’État ».
L’Ordre des avocats exige que soient « immédiatement ouvertes » des enquêtes indépendantes, impartiales, rapides et transparentes, capables de constater les faits, d’identifier les auteurs matériels et les personnes hiérarchiquement responsables et d’assurer leur responsabilité pénale, disciplinaire et civile, si des violations de la loi sont confirmées.
Indignation généralisée
L’affaire suscite l’indignation de la société mozambicaine et appelle à une enquête indépendante.
La Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) a également exhorté aujourd’hui le parquet général (PGR) à ouvrir une enquête sur cette affaire « immédiatement, rapidement et de manière impartiale ».
Dans un communiqué, le CNDH affirme que le PGR doit « garantir la responsabilité pénale de toutes les personnes impliquées » dans l’homicide, appelant le commandement général du PRM à « fournir d’urgence une information officielle, complète et transparente sur les faits » et à « enquêter sur la responsabilité disciplinaire des agents impliqués dans l’affaire et garantir une responsabilité exemplaire ».
« L’exécution sommaire, le recours excessif à la force ou toute action constituant une violation des droits de l’homme ne sont pas soutenus par le système juridique mozambicain », déclare-t-il.
Recours disproportionné à la force
Dans un communiqué, le Centre pour la démocratie et les droits de l’homme (CDD), une organisation de la société civile, a accusé les agents d’avoir « exécuté un citoyen à bout portant » et l’organisation non gouvernementale (ONG) Plataforma Decide a rapporté que, depuis avril jusqu’à ce jour, « 11 cas de personnes abattues ont déjà été enregistrés et confirmés », dont trois mineurs, « en raison de l’usage disproportionné de la force par la police ».
La Résistance nationale mozambicaine (RENAMO, opposition) a publié une « note de répudiation » dans laquelle elle exprime « une profonde indignation et condamne avec véhémence l’assassinat », exigeant que « l’identité et le lien institutionnel possible » des auteurs « soient clarifiés par les autorités compétentes », tandis que l’homme politique et ancien candidat à la présidentielle Venâncio Mondlane a déclaré qu’il s’agissait d’une « exécution sommaire inadmissible ».
Le Mozambique n’applique pas la peine de mort. Aucun agent de l’État n’a le droit de tuer quelqu’un qui a déjà été neutralisé, même s’il s’agit d’un criminel enregistré », a déclaré Mondlane.
Enquête en cours
Le PRM a annoncé ce dimanche avoir ouvert une enquête sur cette opération, reconnaissant des « indices de zèle excessif » de la part des agents et qualifiant la victime de dangereuse.
Dans un communiqué, le commandement général du PRM précise qu' »une analyse et une enquête seront menées immédiatement pour déterminer les circonstances dans lesquelles les faits se sont produits et des procédures disciplinaires et/ou pénales seront engagées pour déterminer pleinement les responsabilités ».
Mission « légitime et urgente »
Selon le PRM, l’opération en question visait à capturer « une personne enregistrée comme étant à haut danger social » et qui était « activement recherchée par le Service National de Recherche Criminelle (SERNIC) » en raison de « forts signes d’implication dans des crimes odieux, notamment des homicides, des viols sexuels, des vols à main armée et des enlèvements à fort impact ».
« La complexité et la haute tension de l’opération ont abouti à l’usage d’armes à feu, entraînant la mort du suspect », indique-t-il.
La police « regrette profondément qu’une action criminelle de confinement ait eu une issue fatale et se soit déroulée dans un périmètre public », mais précise que la mission de capture était « légitime et urgente pour garantir l’ordre public ».
Ce que l’on sait jusqu’à présent
Largement médiatisée à travers des vidéos amateurs illustrant la violence de l’épisode, l’affaire s’est produite à l’intérieur d’un bar lorsqu’au moins sept agents, dont trois en uniforme de l’Unité d’intervention rapide de la Police de la République du Mozambique (PRM), ont tenté de neutraliser et d’arrêter un homme.
Selon les images diffusées, l’homme, déjà menotté par les agents, a résisté lorsqu’un des éléments civils a utilisé l’arme à feu qu’il portait et a commencé à tirer, pratiquement à bout portant, touchant apparemment la victime de cinq balles dans la tête, alors que les autres clients qui se trouvaient dans le bar ont paniqué et se sont enfuis.
Ensuite, tous les agents ont rapidement quitté les lieux, se dirigeant vers un véhicule de police qui les attendait à l’extérieur, et ont laissé la victime prosternée au sol, ensanglantée, comme le montrent les vidéos.
