Histoire du PAIGC : "Le groupe ne peut pas être capturé !"

Guinée-Bissau : "Ce qui compte aujourd’hui c’est la force du fusil"

Le Haut commandement militaire de Guinée-Bissau a ordonné hier le transfert du siège du parti situé à moins de 500 mètres des organes souverains, des hôpitaux, des missions diplomatiques et des installations militaires dans un délai de sept jours ouvrables.

La mesure, qui touche à la fois le PAIGC et le MADEM-G15, vise, selon le Haut commandement militaire, à se conformer à la Loi-cadre sur les partis politiques – modifiée par cette instance après son arrivée au pouvoir.

Dans une interview accordée à DW, le juriste guinéen Néxus Faria estime que les parties ne devraient pas se conformer à l’ordonnance. L’expert soutient que la législation a été approuvée par une entité sans légitimité ni compétence pour légiférer en la matière et affirme que l’objectif principal de la mesure est de retirer le PAIGC de son siège historique.

DW Afrique : Les partis doivent-ils se conformer à l’ordre du Haut Commandement militaire d’abandonner leur quartier général ?

Néxus Faria (NF): Les parties ne doivent pas s’y conformer. D’abord parce que celui qui a élaboré ladite loi manque de légitimité à cet effet. Deuxièmement, parce que l’entité qui a élaboré cette loi n’a pas non plus le pouvoir de le faire. Cette loi avait spécifiquement pour but de retirer le PAIGC de son siège historique.

DW Afrique: Mais les partis étaient déjà éloignés de leur siège depuis un certain temps. Cette modification de la loi ne sert-elle qu’à officialiser cette suppression ?

NF : C’est vrai. On peut dire que depuis que le Haut Commandement militaire est arrivé au pouvoir grâce au coup d’État, toutes les activités politiques ont été fermées. Cette décision officialise en effet cette option de retirer le PAIGC de son siège.

DW Africa : Si les parties veulent contester la décision, peuvent-elles s’adresser au tribunal ?

NF : Non. En ce moment, les tribunaux de Guinée-Bissau sont totalement compromis et capturés. Il n’y a aucun moyen de faire appel car les tribunaux n’ont actuellement ni la capacité ni la force de faire quoi que ce soit en Guinée-Bissau. Ce qui compte actuellement en Guinée-Bissau, c’est la force du fusil.

DW Afrique : En février, Fernando Vaz a donné trois mois aux partis pour se conformer aux modifications apportées à la loi. Faut-il s’attendre à ce que le PAIGC refuse à nouveau de se conformer à ces directives ?

NF : Il est fort probable que le PAIGC ne tienne pas compte de ces orientations du Haut Commandement Militaire. Mais cela ne peut être qualifié d’acte de désobéissance, car il n’y aurait désobéissance que face à un ordre émis par une entité compétente et légitime, ce qui n’est pas le cas. Or, il me semble clair que le PAIGC pourrait être empêché par la coercition d’utiliser son siège. En effet, le parti n’a plus accès à ses installations depuis le coup d’État du 26 novembre 2025. Ce qui se passe maintenant, c’est que cette situation va être consolidée par le haut commandement militaire à travers le recours à la force physique. Lors du retour à la normale, le PAIGC aura des raisons de contester toutes ces mesures.