Le nombre de décès causés par l’incendie d’un conteneur de vente de carburant à Bafatá, en Guinée-Bissau, s’élève à quatre. Le directeur de l’hôpital régional, N’dafa Benalú, a également confirmé que 163 personnes avaient été admises dans l’unité après l’explosion de samedi.
Vingt et une personnes grièvement blessées ont été transférées à Bissau ; quatre n’ont finalement pas résisté. À Bafatá, 30 patients restent hospitalisés, tous dans un état stable, malgré les limitations de l’hôpital, devenu surpeuplé et dépourvu de lits disponibles.
Le gouvernement de transition a ordonné la fermeture immédiate de ces stations improvisées, mais le commentateur Sabino Santos prévient que cette mesure pourrait s’avérer impossible à appliquer dans de nombreuses régions du pays, où il n’existe pas de stations-service conventionnelles. Dans l’interview, l’analyste explique pourquoi les ventes informelles de carburant restent, pour beaucoup, la seule alternative.
DW Afrique : Pensez-vous que les autorités ont bien agi ? Les mesures de préparation et d’intervention étaient-elles raisonnables ?
Sabino Santos (SS): Difficile de dresser un bilan clairement positif quand on regarde les pertes déjà enregistrées autour de cet incendie. Nous sommes aujourd’hui le 19 et on parle déjà d’une autre victime, en plus de tout le matériel détruit.
Je pense que la présence du Gouvernement est encore une obligation. Même si l’accident était déjà survenu, le gouvernement avait le devoir d’être présent et d’apporter son soutien aux victimes, car celles-ci étaient des citoyens nationaux sous la responsabilité de l’État.
DW Afrique : Est-il possible de mettre fin à la vente ambulante de carburant en conteneurs, à Bissau ou dans le reste de la Guinée-Bissau ?
SS : Non, cela ne sera pas possible et je le justifie pour deux raisons. Premièrement, en raison du besoin de carburant dans tout le pays. Le gouvernement n’est pas en mesure de garantir une couverture complète de ce besoin.
Deuxièmement, en raison des limites du ministère de l’Énergie lui-même, qui, à mon avis, n’aura pas la capacité de couvrir l’ensemble du territoire avec des inspecteurs ou des forces de l’ordre capables d’empêcher les ventes dans d’autres endroits.
Cela peut paraître étrange, mais à l’exception de trois régions – je fais référence à Bafatá, Gabú et peut-être Cachéu – le reste n’a pratiquement pas de stations-service. Pour s’approvisionner, la plupart des gens ont recours à des ventes clandestines ou à des stations improvisées.
Malgré cela, je pense qu’il y a un besoin d’amélioration. Je ne prône pas la fin des ventes en containers ou en stations improvisées, car il n’y a pas de conditions pour installer des stations classiques. Mais ces points de vente doivent être améliorés pour éviter des situations comme celle qui s’est produite. Ces postes clandestins finissent par compenser le manque d’infrastructures formelles dans les zones les plus reculées du pays.
Je donne quelques exemples : La région de Biombo, liée à la ville de Bissau, ne dispose pas d’une seule station-service ; la région d’Oio, qui compte le plus grand nombre d’électeurs du pays après Bissau, ne dispose pas non plus de station-service ; la région de Tombali, à environ 256 km de Bissau, ne dispose pas non plus de station conventionnelle.
DW : Afrique : En d’autres termes, ces cas montrent que les postes clandestins ne sont pas seulement une nécessité, ils sont un impératif…
SS : Compte tenu des besoins locaux, le gouvernement ne pourra pas interdire totalement ce type de vente. Découvrez l’archipel des Bijagós, où la navigation en pirogue est constante. D’où viendrait le carburant et où serait-il stocké s’il était interdit ?
Par conséquent, la mesure peut avoir un effet dissuasif, mais je ne crois pas qu’elle parviendra à mettre un terme complet à la vente illégale de carburant. Ce serait difficile et laisserait de nombreuses régions du pays sans approvisionnement.
DW Africa : Mais ces postes ne mettent-ils pas en danger la sécurité publique ?
SS : Oui, c’est pourquoi nous avons d’abord parlé de la nécessité d’améliorer les conditions. Que cela nous plaise ou non, je peux donner quelques informations, pas tout à fait rigoureuses, mais illustratives : les postes clandestins existent depuis de nombreuses années et, au cours des cinq dernières, ce n’est que le deuxième accident grave.
Que montrent ces chiffres ? Ces accidents peuvent être évités si des conditions minimales sont créées dans ces gares.
Mettre fin aux ventes illégales sans proposer d’alternatives n’est pas une solution. Des mesures de cette nature nécessitent nécessairement des actions compensatoires qui, malheureusement, n’ont pas encore été adoptées.
