Le Front National de Défense de la Constitution en Guinée-Conakry remet en cause le taux de participation de 85% aux élections annoncé par le Gouvernement, affirmant que la majorité de la population a choisi de boycotter le processus, le qualifiant de « mise en scène électorale ».
Le vote s’est déroulé sans la participation des principaux dirigeants de l’opposition, qui ont été empêchés de se présenter et ont appelé au boycott des élections.
Pour l’écrivain Tierno Monénembo, la situation du pays risque cependant de rester inchangée : « Ce n’est pas ce que j’appelle une élection. Mamadi Doumbouya a sorti de son chapeau une Constitution faite à sa mesure. Il a détruit toutes les restrictions de la Charte de transition qui interdisaient la candidature, et a fait exiler, arrêter ou rayer des listes électorales quiconque pouvait le déranger dans cette farce électorale. »
« Ce n’est pas une élection, c’est un autre coup d’Etat. Alors, le coup d’Etat par les armes, c’est le coup d’Etat par les urnes », accuse l’écrivain.
Des élections « pour divertir le public »
Environ 6,8 millions d’électeurs, dont 125 000 membres de la diaspora, ont été appelés aux urnes.
Pour l’écrivain, ce vote a surtout servi à consolider le pouvoir de Doumbouya : « Je n’attends rien de bon après ces élections. Mamadi Doumbouya va s’emparer de tous les pouvoirs. pouvoir. C’est grâce à eux qu’il continuera à gouverner lors des élections ».
Monénembbo considère l’élection comme une simple formalité, « c’est pour divertir le public », estime-t-il. Et l’écrivain rappelle les méthodes du chef de la junte militaire. « Il parvient à gouverner par l’intimidation, la répression, multipliant les morts mystérieuses, les exilés, les arrestations massives, les disparitions forcées, les enlèvements », dénonce-t-il.
Manque « d’intelligence et de générosité »
Le pays a récemment approuvé une nouvelle Constitution qui permet aux membres de la junte militaire de se présenter aux élections et qui prolonge le mandat présidentiel de cinq à sept ans, renouvelable une fois. Ce changement a ouvert la voie à la candidature de Doumbouya, qui avait initialement promis de ne pas se présenter et de rendre le pouvoir aux civils d’ici fin 2024.
Depuis son arrivée au pouvoir en septembre 2021, le gouvernement militaire a restreint les manifestations, arrêté des opposants et maintenu une partie de la direction politique à l’extérieur du pays. Tierno Monénembo n’est pas optimiste quant à des changements significatifs.
Et Tierno Monénembo s’interroge : « Est-ce qu’il va, après les élections, essayer de calmer un peu le jeu ? Je ne pense pas. »
« Pour amnistier les condamnés, pour permettre le retour des exilés, pour créer un climat politique plus intelligent, plus apaisé, il faut deux qualités que Mamady Doumbouya n’a pas. Ce sont : l’intelligence et la générosité », comprend l’écrivain.
