Élections au Congo : Sept candidats et un grand vainqueur ?

Élections au Congo : Sept candidats et un grand vainqueur ?

Denis Sassou Nguesso dirige la République du Congo depuis plus de quarante ans.

En 1979, il accède à la présidence. Depuis, Sassou Nguesso, 82 ans, n’a quitté le pays que pour une courte période, dans les années 1990.

Il se présente désormais à nouveau aux élections présidentielles prévues ce dimanche (15h03), face à plusieurs adversaires relativement inconnus.

Cependant, le bilan du long mandat du président est faible, estime Darrin McDonald, politologue à l’université Leeds Beckett, au Royaume-Uni. McDonald ne voit aucun progrès notable ni développement économique significatif.

« Le Congo fait partie de ces pays qui accumulent constamment d’énormes dettes auprès de leurs créanciers étrangers et concluent ensuite des accords pour restructurer ces dettes afin de réduire la pression, pour ensuite les augmenter à nouveau quelques années plus tard. » La conséquence : un chômage des jeunes d’environ 40% dans un pays où près de la moitié de la population a moins de 18 ans.

Quand rester longtemps au pouvoir devient un problème

Politiquement, Sassou Nguesso est devenu une figure consolidée dans une région marquée par les conflits. Alors que les pays voisins – le Cameroun, la République centrafricaine et la République démocratique du Congo – sont secoués à plusieurs reprises par de nouvelles crises, Brazzaville est jusqu’à présent restée politiquement stable. C’est l’argument des défenseurs de Sassou Nguesso. Parmi eux figure également Adrien Poussou, ancien ministre de la Communication de la République centrafricaine.

«Une longue période de gouvernance ne doit pas être confondue avec l’illégitimité», a déclaré Poussou lors d’un débat radiodiffusé sur la DW à l’occasion des élections. « Dans certains milieux, on dit qu’il est illégal de rester trop longtemps au pouvoir. Ce n’est pas illégal et encore moins illégitime. Ce qui est décisif n’est pas la durée, mais la stabilité et la continuité des structures de l’Etat. »

Paul Akoa, un expert camerounais en géopolitique qui effectue des recherches à la Fondation Paul Ango Ela à Yaoundé, n’est pas d’accord. Ce n’est pas seulement la stabilité qui compte, la performance est également décisive, dit-il. « Quand le temps passe et que des indicateurs essentiels, comme le Produit intérieur brut (PIB), commencent à baisser, la question se pose de savoir s’il est opportun de continuer avec la même personne ou avec la même équipe », ajoute-t-il.

Médiation à l’étranger, problèmes à la maison

Dans la région et au niveau international, le président Sassou Nguesso s’est imposé à plusieurs reprises comme médiateur, par exemple après le coup d’État au Gabon voisin ou dans le conflit entre la République démocratique du Congo et le Rwanda. En 2023, dans le cadre des efforts de médiation des chefs d’État africains, il a également appelé à la fin de la guerre entre la Russie et l’Ukraine.

Pour les dirigeants autoritaires, le prestige auprès des pays voisins et des blocs régionaux est une source importante de légitimité, explique le politologue Darrin McDonald.

Le fait qu’il y ait moins d’insécurité en République du Congo que dans les pays voisins favorise Sassou Nguesso. « Cela l’aide à se positionner comme l’homme fort de la région, comme une figure calme qui peut offrir une certaine stabilité et de l’expérience. »

Dans le même temps, les défenseurs des droits de l’homme lancent de graves accusations. Ces dernières années, Amnesty International a fait état de centaines de détentions arbitraires. Dans l’index Liberté dans le monde À partir de 2024, le pays a obtenu 17 points sur 100 en matière de droits politiques et de libertés civiles. Dans l’indice de perception de la corruption du Transparence Internationalese classe 153ème sur 182 pays.

Deux figures centrales de l’opposition, Jean-Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa, sont emprisonnés respectivement depuis 2018 et 2019. Les experts des Nations Unies avaient déjà estimé, à l’époque, que ces arrestations étaient politiquement motivées.

C’est aussi la critique d’Andréa Ngombet, qui a fondé le collectif Sassoufit pour promouvoir le changement politique : ce nom est un jeu de mots avec le nom du président, inspiré de l’expression française « Assez ! ».

Dans un débat sur la DW, Ngombet a critiqué le fait que le gouvernement actuel repose sur une erreur initiale : après que Sassou Nguesso ait abandonné le pouvoir en 1992, après avoir perdu les élections et sous la pression de l’opinion publique, une guerre civile a éclaté dans le pays, à la fin de laquelle l’ancien président s’est présenté à nouveau et a été réélu.

« Leur retour s’est fait avec des armes, sur les cadavres des Congolais. » Selon Ngombet, Sassou Nguesso n’a jamais réussi à se libérer de ce passé et, jusqu’à ce jour, son parti se comporte comme une milice interne contre les Congolais. « Toute forme de résistance se termine en prison ou dans un cercueil. Ce n’est pas durable », dit-il.

La succession à clarifier

Une question ne se pose pas actuellement pour les observateurs : le scénario d’un changement de pouvoir pacifique ne se pose pas dans les débats. Il est considéré comme acquis que Sassou Nguesso battra ses adversaires méconnus et mal financés.

Mais une autre question demeure, aux conséquences potentiellement dramatiques : que se passera-t-il si un jour le Président quitte ses fonctions ?

« La question urgente pour le Congo est : combien de temps Sassou Nguesso restera-t-il et qui lui succédera ? demande le politologue Darrin McDonald. « Je pense que des démarches sont déjà en cours au sein du parti au pouvoir. Certains soutiennent son fils, d’autres gravissent les échelons et cherchent à se positionner. »

Un fils héritant du pouvoir de son père est une autre constante en Afrique centrale, comme ce fut le cas au Gabon après la mort d’Omar Bongo en 2009 ou au Tchad, où Mahamat Idriss Déby a succédé à son père en 2021.

Au Congo, du processus de démocratisation au chaos total, tout est imaginable. En se présentant à nouveau, le président Sassou Nguesso a reporté sine die la décision sur l’avenir du pays.