Détournement pour soutenir les inondations au Mozambique : "Ceci est enraciné"

Détournement pour soutenir les inondations au Mozambique : "Ceci est enraciné"

Le Président de la République du Mozambique, Daniel Chapo, a défendu aujourd’hui la responsabilité civile et pénale des personnes impliquées dans des cas de détournement de fonds et d’actifs pour venir en aide aux victimes des inondations. Au moins 10 fonctionnaires mozambicains ont été arrêtés la semaine dernière pour détournement de dons, dont l’ancien administrateur du district de Xai-Xai.

Dans une interview avec DW, André Mulungo, du Centre pour la Démocratie et les Droits de l’Homme (CDD), affirme que cette responsabilité doit aller plus loin – soulignant la possibilité que davantage de « personnes de haut niveau » soient impliquées dans les déviations.

Pour Mulungo, outre les dimensions civile et pénale, la responsabilité administrative doit se produire en parallèle, aboutissant à une « suspension » voire à une « révocation définitive » des fonctionnaires.

DW Afrique : Qu’attendez-vous de ce processus concernant le détournement de l’aide aux victimes des inondations ?

André Mulungo (AM): Il doit y avoir une responsabilité civile et pénale. Les gens doivent être tenus responsables de manière exemplaire, et pas seulement (éventuellement) l’administrateur, le patron ou le responsable des finances. Parce qu’il nous semble qu’il s’agit d’un phénomène profondément enraciné, qui ne peut être considéré comme un acte isolé de la part de ces agents publics. En d’autres termes, il faut regarder un peu plus loin que le cas (et considérer l’implication de) beaucoup plus de personnes, notamment des personnes au sommet.

DW Africa : Comment parvenir à cette responsabilisation ? Le Président de la République, Daniel Chapo, a souligné aujourd’hui, par exemple, le rôle du Tribunal administratif.

SUIS: Pénalement, (il faudra) tenir les personnes responsables des actes commis, à la lumière du droit pénal mozambicain. (Il faudra alors) contraindre ces personnes à compenser ou à restituer ce qu’elles ont pris à l’Etat lui-même. Par contre, une démarche doit être menée pour voir quelles mesures administratives seront imposées à ces fonctionnaires. Et cela commence naturellement par un processus disciplinaire qui doit être initié au sein même de l’État et qui aboutira à la suspension ou à l’exclusion définitive de ces personnes de l’appareil d’État, s’il est effectivement prouvé qu’elles sont responsables de ces actes.

DW Afrique : Quels mécanismes ou réformes sont nécessaires pour éviter que des cas similaires ne se reproduisent ?

SUIS: Dans l’ensemble, le grand problème de corruption au Mozambique est lié à l’impunité. Si ces personnes étaient désormais tenues responsables de manière exemplaire, avec des sanctions lourdes et efficaces, nous franchirions une étape très importante en envoyant un message clair aux autres fonctionnaires que ce n’est pas la voie à suivre. Mais il faut mettre un terme aux affaires de corruption, notamment au sommet. Sinon, on crée l’idée qu’en fin de compte, ceux qui sont tenus responsables l’ont été à cause de leur propre contexte ou parce qu’ils n’ont pas eu de chance, parce qu’ils ont volé ou détourné des fonds alors que l’attention de la société et du monde était concentrée sur cette région.

DW Afrique : Nous parlons ici d’au moins 10 fonctionnaires arrêtés pour détournement de dons. La confiance des Mozambicains dans les institutions publiques est-elle ébranlée ?

SUIS: Le détournement de dons ne doit pas être toléré. Au fond, on enlève quelque chose à quelqu’un qui a tout perdu. Décidément, la confiance est compromise. Il n’y avait plus de confiance et, quand ce genre de choses arrivent, se consolide l’idée que cet État – ces fonctionnaires, les plus hauts dirigeants de l’État et du gouvernement – ne se soucient pas de la population.