Récemment, l’ancien chef d’état-major adjoint des forces armées du Mozambique a « découvert » de manière assez détaillée les vulnérabilités des forces de défense et de sécurité, en contradiction avec la règle d’or de la branche militaire, le secret.
Bertolino Capetine a également dénoncé un apparent manque de sérieux du précédent gouvernement de Filipe Nyusi, affirmant par exemple que si le Mozambique assurait que « tout allait bien » à Cabo Delgado, son homologue tanzanien le contredisait.
Capetine a été démis de ses fonctions en 2024 par le président de l’époque, Filipe Nyusi, après avoir dénoncé les « cancers » de la Défense et critiqué le rôle erroné de la police dans l’armée.
Les récentes déclarations faites dans le cadre des contributions au dialogue national inclusif étaient-elles innocentes ? Pour le politologue Arcénio Cuco, il s’agissait d’un « discours préparé ».
DW Afrique : Comment analysez-vous les allégations de l’ancien chef adjoint de l’état-major général des forces armées ?
Arcenio Cuco (AC): Il a dit une évidence, car d’une certaine manière il a répété ce que les analystes mozambicains disaient depuis le début du terrorisme au Mozambique et qui s’incarnait dans ce que nous disons sur la vulnérabilité de nos Forces de Défense et de Sécurité (FDS) au Mozambique. En d’autres termes, depuis l’Accord Général de Paix, il n’y a jamais eu d’équipement ni de création de conditions permettant aux FDS de faire face à toute situation susceptible de placer le Mozambique dans une situation d’instabilité.
DW Afrique : Bertolino Capetine a exposé les carences de l’armée. Pour un secteur guidé par le secret, invoquant des « raisons de sécurité », la révélation des faiblesses ne rend-elle pas l’armée plus vulnérable, comme le craint l’aile militaire ? Y avait-il un paradoxe ?
Colombie-Britannique : Il est très difficile de dire qu’il y a eu un paradoxe, car la raison du licenciement de Capetine est précisément liée à sa plainte, en tant que « numéro deux » des forces de défense et de sécurité mozambicaines, concernant la situation à Cabo Delgado. Il y a eu une tentative, peu après les manifestations de 2008, sous le gouvernement d’Armando Guebuza, de créer des conditions pour les FDS au Mozambique. Cela incluait même les dettes cachées dont nous savions tous qu’elles avaient conduit à la création de ProIndicus, avec la justification de l’achat de tous ces bateaux. Ils avaient également un rapport direct avec la question de la défense du territoire national. Mais Guebuza, à l’époque, a été très critiqué car on voyait que cette action semblait tendre vers la militarisation de l’Etat. Mais aujourd’hui, je pense qu’il y a beaucoup de voix qui se rendent compte qu’il y avait peut-être un peu de raisonnable dans les actions entreprises par Guebuza à l’égard des FDS.
DW Afrique : Capetine a également dénoncé la gouvernance de Filipe Nyusi en affirmant, par exemple, qu’elle avait été démasquée par les autorités tanzaniennes alors qu’elle aurait menti sur la situation sécuritaire à Cabo Delgado. Est-ce une preuve de l’amateurisme qui prévalait dans le précédent consulat ?
Colombie-Britannique : Il faut se demander s’il s’agit d’amateurisme ou si c’est parce que les résultats étaient attendus comme ceux que connaît actuellement le Mozambique. Il y a plusieurs questions. S’il s’agit bien de terrorisme ou s’il existe d’autres raisons cachées qui échappent au contrôle des Mozambicains quant à la raison de l’extrême violence vécue à Cabo Delgado. Il nous serait très difficile de conclure à la naïveté du gouvernement de Filipe Nyusi, car il faudrait alors essayer de comprendre les raisons qui ont conduit le gouvernement à adopter les positions critiquées par la Tanzanie.
DW Afrique : Était-ce une contribution innocente ou un travail béni par le pouvoir du jour pour vous libérer d’un fardeau qui n’était apparemment pas le vôtre ?
Colombie-Britannique : Je ne dirais pas que c’était une contribution innocente, car il existe un précédent pour ce discours. Comme je l’ai dit, Capetine a été licencié précisément au moment où il a exposé les difficultés que connaissaient les Forces de Défense et de Sécurité du Mozambique. Donc dire qu’il était innocent serait notre naïveté car il faut mettre sur la table qu’il s’agissait d’un discours préparé, car nous savions très bien que l’idée centrale était de contribuer à ce dialogue national qui cherche nécessairement la réconciliation des Mozambicains.
