En Guinée-Bissau, la situation politique continue de susciter de vives inquiétudes, notamment après de nouvelles décisions du haut commandement militaire, qui exerce actuellement le contrôle du pouvoir dans le pays.
Dans une interview accordée à DW, l’analyste politique et journaliste guinéen Bacar Camará défend la nécessité urgente d’un gouvernement civil inclusif, comme le recommande la CEDEAO, avertissant que toute autre solution pourrait aggraver encore la crise politico-militaire.
En particulier, la récente interdiction des conférences de presse, récemment décrétée par la junte militaire, mérite de sévères critiques de la part du journaliste. Bacar Camará considère cette mesure comme un sérieux revers démocratique, soulignant qu’il n’existe aucun cadre juridique pour empêcher la liberté d’expression et l’exercice du journalisme.
Les militaires, auteurs du coup d’État, ont annoncé qu’à partir de vendredi (09.01), les conférences de presse et les déclarations publiques « non autorisées » seraient interdites, promettant de prendre des mesures contre quiconque ne respecterait pas l’ordre.
Selon l’analyste, la décision viole la Constitution de la République et compromet le droit à l’information, à un moment où le pays a plus que jamais besoin de dialogue, de transparence et de communication claire avec la société.
DW Afrique : Quelle note donnez-vous à la délégation de la CEDEAO qui était en Guinée-Bissau et qui réclame la formation d’un gouvernement inclusif dirigé par des civils ?
Bacar Camara (C.-B.) : Je pense qu’il est urgent de contenir l’escalade, afin que la situation ne s’aggrave pas davantage. Il est essentiel qu’il y ait un gouvernement inclusif qui reflète l’éventail politique. J’ai trouvé cette idée extraordinaire, car ce n’est qu’ainsi qu’il sera possible de revenir à la normalité constitutionnelle. Toute autre manière de tenter de résoudre ce problème ne fonctionnera pas – elle ne fera qu’aggraver la situation.
DW Afrique : Concrètement, comment former ce gouvernement si les militaires ont déjà occupé le pouvoir ? Comment imposer un nouveau gouvernement civil dans le cadre actuel ?
Colombie-Britannique : Je pense que les militaires doivent céder, suivre les recommandations de la CEDEAO et remettre le pouvoir aux acteurs politiques civils, afin qu’ils puissent former un gouvernement qui reflète la diversité politique du pays. Par exemple, les partis ayant une expression politique ainsi que les organisations de la société civile doivent faire partie de ce nouveau gouvernement. Un gouvernement beaucoup plus consensuel, capable de mener les réformes nécessaires, de combler les lacunes et de résoudre les conflits politico-militaires permanents. Les militaires doivent faire des concessions pour que le pays puisse sortir de cette situation.
DW Afrique : Selon vous, qu’est-ce qui a empêché la CEDEAO de faire pression pour la libération de Domingos Simões Pereira ?
Colombie-Britannique: C’est un grand malentendu, car le dernier sommet recommandait également la libération inconditionnelle des détenus. Jusqu’à présent, nous ne savons pas pourquoi. La mission n’a émis aucune communication formelle. Tout ce que nous entendons n’est que spéculation. C’est incompréhensible. Beaucoup trouvent étrange que le leader du PAIGC reste en détention. Ce que l’on sait, c’est qu’à la fin de la mission, la délégation a rencontré Domingos Simões Pereira ainsi que Fernando Dias, qui revendique la victoire aux élections présidentielles du 23 novembre 2025. Mais la situation commence là : Domingos reste en détention, et cela ne peut être accepté.
La CEDEAO maintient cet esprit de confinement, sans aller de l’avant avec des mesures plus sévères, même si elle a prévenu lors du dernier sommet qu’en cas de non-respect des recommandations, elle procéderait à des sanctions sélectives. Voyons ce qui se passe à partir de maintenant.
DW Afrique : Entre-temps, le commandement militaire au pouvoir a désormais interdit les conférences de presse non autorisées. Il a pris plusieurs décisions. Pensez-vous que c’est une bonne décision ?
Colombie-Britannique : Non, je ne suis pas du tout d’accord. En tant que journaliste et défenseur de la liberté de presse et d’expression, je considère que cette décision va à l’encontre de la Constitution de la République. Cela va à l’encontre de ce qui devrait être la meilleure façon de communiquer et d’informer, de tracer la voie à suivre. C’est à partir de cette information dynamique, à travers les conférences de presse, qu’il est possible d’avoir une vision claire de l’orientation du pays.
C’est incompréhensible. Je ne vois aucun cadre juridique pour cette décision. Notre loi nous permet de détenir de manière responsable les contenus incitant à la violence ou à la haine, et tient également les organisateurs de conférences de presse responsables des contenus qu’ils diffusent. Il existe des mécanismes juridiques pour cela, par l’intermédiaire des tribunaux. Si le commandement militaire ou le gouvernement estime qu’un contenu est dangereux, il peut engager des poursuites judiciaires. Désormais, empêcher les gens de s’exprimer librement par une déclaration ou un ordre constitue un énorme pas en arrière. Un revers pour notre démocratie.
