L’édition 2026 de la Conférence de Munich sur la sécurité, en Allemagne, s’est terminée ce dimanche (15h02), après trois jours d’intenses débats.
La Conférence s’est achevée sur un constat : le monde est plus instable que jamais et l’Europe n’a plus de temps à perdre.
Pendant trois jours, les discussions ont été dominées par la guerre en Ukraine, la question du soutien militaire occidental à Kiev et la crainte d’un épuisement politique, notamment de la part des États-Unis. Un autre thème omniprésent était le conflit au Moyen-Orient, avec des appels répétés pour éviter une aggravation régionale.
Mais Munich a aussi été le théâtre d’une réflexion plus large sur l’avenir stratégique du continent européen : défense commune, réarmement, cybersécurité et lutte contre les ingérences étrangères.
La Chine et son influence économique et militaire ont également alimenté de nombreux panels, tout comme la montée des régimes autoritaires et la fragilité des démocraties.
Dans ce contexte, le chancelier allemand Friedrich Merz a voulu donner le ton : une Allemagne plus affirmée sur la scène internationale.
« Nous comprenons qu’à l’ère des superpuissances, notre liberté n’est plus une donnée. Elle est menacée. Il faudra de la force et de la détermination pour défendre cette liberté », a-t-il souligné.
Comment les crises en Afrique ont-elles été gérées ?
Quelques délégations africaines étaient présentes à Munich, mais les débats ont rarement abordé en profondeur les crises du continent, comme au Soudan, à l’est de la République démocratique du Congo (RDC) ou au Sahel. Ce que regrette Zerbo Lassina, ancien Premier ministre du Burkina Faso.
« J’aurais aimé voir plus de gens du Sahel impliqués dans la discussion. Il est nécessaire d’inclure les trois pays du Sahel dans ce type de débats, comme la Conférence de Munich sur la sécurité. Cela nous permet aussi de connaître leur point de vue. C’est très important », a-t-il souligné.
Egalement présent à Munich, Vincent Biruta, ministre rwandais de l’Intérieur, a estimé, de son côté, que la prédominance des thématiques internationales est logique.
« De toute façon, ce sont des crises qui arrivent ailleurs, mais qui nous affectent. La guerre en Ukraine nous a touchés, même si nous sommes loin. Il est donc important que nous, Africains, puissions suivre ces discussions et mieux comprendre les enjeux », a-t-il défendu.
Cessez-le-feu entre la RDC et le M23
Concernant la crise sécuritaire dans l’est de la RDC, les autorités congolaises ont annoncé vendredi (13/02) qu’elles acceptaient le cessez-le-feu avec le groupe rebelle Movimento 23 de Março (M23), à partir du 18 février, mesure proposée par l’Angola.
En marge de la Conférence de Munich sur la Sécurité, DW s’est entretenu avec Ministre des Affaires étrangères de la RDC, Thérèse Kayikwamba Wagner. Interrogé sur les garanties que ce nouveau cessez-le-feu sera définitif, le ministre a répondu : « Parce que nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas tenter de parvenir à la paix ».
« Encore une fois, je tiens à réitérer que les populations qui sont sous occupation sont des populations congolaises. En tant que Gouvernement congolais, nous avons la responsabilité d’assurer la protection de nos populations. Il y a eu d’autres tentatives qui ont donné des résultats sur une période plus longue. Il y en a eu d’autres qui ont échoué beaucoup plus rapidement. Du côté du Gouvernement, nous ferons tout ce qui est nécessaire pour respecter nos engagements. Et nous espérons également que l’autre partie fera de même », a-t-il réitéré. Kayikwamba Wagner.
Pour le ministre, « il ne peut y avoir de processus menant à une paix durable sans responsabilité ».
« Nous nous engageons donc dans les processus en espérant que les facilitateurs nous aideront à tenir toutes les parties responsables de leurs engagements. C’est là que la différence doit être faite. »
La paix dans l’est de la RDC est « une priorité pour le président Trump »
En décembre de l’année dernière, le Rwanda et la République démocratique du Congo ont signé, à Washington, un accord de paix, négocié par les États-Unis et qualifié à l’époque par Donald Trump de « miracle », pour mettre fin à un conflit qui dure depuis des décennies.
A Munich ce week-end, Le conseiller Afrique de Trump, Massad Boulos, a déclaré à DW que « la question de la paix dans l’est de la RDC et le conflit entre la RDC et le Rwanda constituent une priorité absolue pour le président Trump et les Etats-Unis ».
« Ce que nous avons vu à Washington, le 4 décembre, avec la signature de l’accord de paix n’était qu’un début. Nous savons parfaitement que les choses ne seront pas si faciles. Mais nous n’accepterons en aucune manière que l’une des parties s’écarte du chemin qu’elle a pris à Washington : le chemin de la paix », a-t-il souligné.
Dans une interview accordée à la DW, Boulos a souligné que les Etats-Unis étaient « en pourparlers avec toutes les parties ».
« Nous avons des équipes qui travaillent presque quotidiennement avec nos partenaires qatariens, car les négociations qataries, à Doha, sont aussi une voie très importante. C’est l’axe qui est en charge de tout ce qui concerne le processus entre le M23 et la RDC, avec un soutien américain très important.
Nous sommes pleinement impliqués dans ce processus de Doha et suivons sa mise en œuvre de très près, avec tous les acteurs », a-t-il garanti.
La Conférence de Munich sur la sécurité de 2026 montre clairement que la sécurité mondiale se joue sur plusieurs fronts en même temps et que personne n’est à l’abri.
Pour Wolfgang Ischinger, président de la Conférence de Munich sur la sécurité, la prochaine édition devra répondre à une question centrale : comment inclure davantage de régions souvent reléguées au second plan, alors qu’elles subissent elles aussi les conséquences directes des crises mondiales.
