Le Syndicat des Officiers de Justice d’Angola (SOJA) accuse le ministère de la Justice et des Droits de l’Homme de promouvoir des campagnes d’état civil et de délivrer des cartes d’identité en dehors de la loi, d’imposer des horaires excessifs, sans compensation et de violer les droits du travail. SOJA parle d’abus de pouvoir, de pressions hiérarchiques et de manque de respect envers la Constitution et la Loi Générale du Travail.
La tension s’est aggravée avec le début de la collecte de signatures pour la destitution du ministre de la Justice, Marcy Lopes. Le syndicat affirme que ses revendications ont été ignorées pendant des années et dénonce les persécutions et les représailles contre les salariés qui se joignent à la grève, dont la prochaine phase est prévue en février.
Dans une interview accordée à DW, Joaquim Teixeira, secrétaire général du Syndicat des Officiers de Justice d’Angola, affirme qu’il n’y a plus de crédibilité ni de volonté politique pour un véritable dialogue et menace d’intensifier la lutte ouvrière au sein des mécanismes légaux.
DW Afrique : La collecte de signatures pour la destitution du ministre représente-t-elle une rupture définitive avec l’actuel titulaire du portefeuille ou existe-t-il encore, en pratique, un réel espace de dialogue institutionnel ?
Joaquim Teixeira (JT) : Collecter des signatures n’est pas un geste impulsif, ni simplement symbolique. Il s’agit d’une rupture politique et institutionnelle profonde, due à la manière dont le ministère de la Justice et des Droits de l’Homme a été dirigé. Cependant, formellement, le dialogue institutionnel n’est jamais possible. Le problème est que, dans la pratique, il n’y a plus de crédibilité.
DW Afrique : Que faudrait-il changer pour que ce dialogue ait lieu ?
JT : Pour que le dialogue soit réel et non seulement un acte, il faudrait que beaucoup de choses changent. Dès le départ, une reconnaissance publique des échecs de l’employeur serait nécessaire. Il faudrait mettre fin immédiatement aux pratiques de représailles contre les travailleurs, au respect des droits légalement consacrés et au strict respect de la légalité administrative. Sans ces changements concrets et vérifiables, il n’y a pas de véritable dialogue, il n’y a que la gestion des conflits. Et c’est précisément l’absence de véritables solutions qui a amené les travailleurs à ce point.
DW Afrique : Les grèves constantes sont-elles la seule issue ?
JT : Oui, car l’épuisement a atteint son paroxysme. Ce qui n’est pas accepté, ce qui n’est pas permis, c’est qu’au terme d’une période de grève d’environ un mois ou trois semaines, le ministre ne propose pas de parler ou de « négocier », si c’est le terme qu’on peut utiliser. Si vous n’avez pas cet intérêt, c’est parce que vous n’en avez pas l’envie. Et si nous n’en avons pas la volonté, cela nous oblige à activer certains mécanismes constitutionnels.
DW Afrique : Le ministère de la Justice a qualifié la grève d’illégale. Comment le SOJA répond-il à cette accusation et quelle interprétation fait-il de l’utilisation récurrente de l’argument de l’illégalité pour délégitimer les affirmations des fonctionnaires de justice ?
JT : L’utilisation récurrente de cet argument par le ministère révèle clairement une tentative de délégitimer nos revendications et d’affaiblir la lutte pour de meilleures conditions de travail. SOJA reste ferme. Les droits des travailleurs seront toujours défendus. Toute manœuvre visant à faire taire la catégorie sera dénoncée publiquement. Nous comprenons que tout argument venant du côté ministériel doit être prouvé et transmis aux organismes indiqués, car ce n’est pas le ministère qui vient déclarer l’illégalité ou l’illégitimité de nos actions. Il existe des organismes qui peuvent le faire.
DW Afrique : Si le Président de la République et d’autres instances souveraines ignorent la pétition et les plaintes désormais rendues publiques, quelles sont les prochaines étapes du SOJA et jusqu’où le syndicat est-il prêt à aller dans ce conflit ?
JT : Nous sommes prêts à intensifier la lutte en utilisant tous les instruments juridiques, administratifs et de sensibilisation du public à notre disposition, toujours dans le respect de la loi. Le syndicat ne recherche pas d’affrontements gratuits, mais il n’acceptera pas non plus d’omissions ou de représailles.
