Affaire Isabelle : "Il fallait peut-être que le PGR démissionne"

Affaire Isabelle : "Il fallait peut-être que le PGR démissionne"

La justice angolaise a franchi une nouvelle étape dans le procès impliquant Isabel dos Santos : la Cour suprême a acquitté la femme d’affaires de quatre des 11 délits qui lui étaient reprochés, au cours de la phase contradictoire de l’enquête. La décision réduit le nombre d’accusations, mais maintient actif un processus qui reste l’un des plus sensibles du pays, en raison de sa dimension politique et économique.

La note officielle ne révèle pas quels crimes ont été retirés, ni ne précise, pour l’instant, la base juridique de cet acquittement partiel.

Dans une interview accordée à DW, l’analyste Rui Verde a déclaré qu’il est peu probable que la fille de l’ancien président de l’Angola, José Eduardo dos Santos, soit jugée, soulignant un « contexte de découragement et de manque de capacité pour poursuivre la lutte contre la corruption ». Selon sa lecture, la décision de la Cour suprême renforce le discours de la femme d’affaires selon lequel le processus est politiquement motivé et pourrait même lui permettre de retourner en Angola « en tant qu’héroïne et victime de João Lourenço ».

DW : Quelle est votre interprétation du fait que la Cour suprême a acquitté Isabel dos Santos de quatre chefs d’accusation et en a maintenu sept autres ? Cela indique-t-il une faiblesse dans l’accusation initiale ou s’agit-il d’un filtrage normal du processus judiciaire ?

Rui Verde (RV): Il faut voir le contexte et le contexte suite à la décision Kopelipa (général Hélder Vieira Dias) est un de grande fragilité dans ces accusations de lutte contre la corruption. En réalité, on peut dire que ces affaires pénales ne mènent plus nulle part, car elles sont analysées de manière critique par les tribunaux et il s’avère qu’elles sont très faibles. Je ne crois même pas qu’Isabel dos Santos sera jugée. Il me semble qu’il existe déjà un contexte de découragement et de manque de capacité pour poursuivre la lutte contre la corruption. Il a peut-être fallu que le procureur général de la République démissionne, car il y a trop de fiascos.

DW : D’un point de vue politique, cet acquittement partiel renforce-t-il le discours d’Isabel dos Santos selon lequel le processus est politiquement motivé, ou au contraire, affaiblit-il cet argument ?

VR: Évidemment, cela renforce. Il est évident que cela renforce. Il est évident que cela donne de la force à Isabel dos Santos. Cela permet à Isabel dos Santos de revenir en peu de temps en Angola en tant qu’héroïne et victime de João Lourenço. Évidemment oui. C’est un grand renfort pour Isabel dos Santos. Cela ne fait aucun doute, car il n’est pas très courant que des ordres d’instruction démystifient – ​​j’utiliserai l’expression – autant de crimes. C’est le signe de quelque chose qui ne va vraiment pas.

DW : La Cour suprême n’a pas révélé quels crimes ont été supprimés. Quel impact ce manque de transparence a-t-il sur la confiance du public dans le système judiciaire et sur la lecture politique de l’affaire ?

VR: Il n’est pas difficile d’arriver à cette conclusion. Il s’agit d’aller voir les crimes qui ont été retirés de l’acte d’accusation et voir ce qui reste. Cela n’a aucun impact en toute honnêteté. Il s’agit d’aller voir l’accusation et de recouper ceux qui sont partis.

DW : Quelles pourraient être les prochaines étapes dans cette affaire ?

VR: La prochaine étape, en termes techniques, est le jugement de ce qui manque, c’est-à-dire des crimes qui restent. Sur le plan politique, la lutte contre la corruption a pris fin. Je pense qu’il n’y aura pas de prochaines étapes pertinentes. C’est la réalité. Maintenant, nous devons penser soit à une amnistie, soit à une grâce générale, ou quelque chose du genre, parce que le bureau du procureur général n’a pas été en mesure d’enquêter, d’instruire et de poursuivre correctement les affaires.