Après plusieurs mois d’absence des projecteurs en raison du prétendu coup d’État de novembre en Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embaló est de nouveau apparu en public, cette fois dans un agenda diplomatique intense aux côtés de l’ancien président sénégalais Macky Sall.
Rien que la semaine dernière, les deux dirigeants étaient ensemble dans au moins quatre pays. Ils ont été reçus en Somalie, au Sénégal et en Gambie, en plus d’être photographiés au Qatar, dans le cadre d’une série de contacts visant à mobiliser le soutien international à la candidature de Sall à un poste élevé aux Nations Unies.
En Gambie, Macky Sall a publiquement remercié Embaló pour son engagement à mobiliser des soutiens :
« Je suis très heureux d’être ici à Banjul avec mon frère, le Président Umaro Sissoco Embaló. Nous sommes venus saluer notre cher frère, le Président Adama Barro. Comme vous le savez, je suis candidat au poste de Secrétaire Général des Nations Unies, et je viens d’aller à Dakar cet après-midi, et j’ai dit que je ne pouvais pas passer par Dakar sans m’arrêter à Banjul pour saluer mon frère, Adama Barro, et aussi pour le remercier pour tout son soutien et ses conseils. »
Repositionnement régional
Après des mois sans s’exprimer publiquement, Embaló a de nouveau publié sur son compte Facebook, affichant son soutien à la candidature du président Macky Sall aux Nations Unies, arguant qu’il porte sa vision commune de l’Afrique.
Cette réapparition intervient au moment où la Guinée-Bissau continue d’être plongée dans une crise politique, sans que l’ancien chef de l’Etat n’ait, jusqu’à présent, fait de déclarations publiques sur la situation du pays.
Le politologue Santos Mustas reconnaît qu' »il y a naturellement un geste de solidarité politique envers les dirigeants ou les partenaires stratégiques, ce qui est courant dans les relations internationales ».
Il considère cependant son retour comme un signal politique qui doit être interprété à la lumière de sa stratégie de repositionnement régional et de préservation des alliances bâties pendant la période où il était au pouvoir.
« Cette réapparition peut être interprétée comme une tentative de maintenir un capital politique et diplomatique dans la région, en donnant l’image d’un leader qui reste pertinent dans les affaires africaines », estime-t-il.
Projection personnelle
L’ancien candidat à la présidentielle et leader de l’Alliance pour la République (APR), Mamadu Djaló, considère que le soutien de Sissoco à Sall est normal d’un point de vue politique, mais estime que l’ancien chef de l’Etat devrait se concentrer sur la crise que traverse le pays :
« Pour nous, votre attaque n’est pas au nom de la Guinée-Bissau, mais en votre propre nom », considère-t-il, ajoutant qu' »en tant que citoyen guinéen et ancien président de la République, votre objectif devrait vraiment être de trouver une issue à notre crise ».
Depuis le prétendu coup d’État, la Guinée-Bissau est gouvernée par une administration de transition dirigée par les militaires, avec le soutien de certaines personnalités politiques proches de l’ancien président. Le pays continue de faire face à une période d’incertitude politique et institutionnelle, marquée par des restrictions des libertés civiles, des difficultés économiques et des attentes autour du retour à l’ordre constitutionnel.
Manque d’intérêt pour le pays
Pour le juriste et analyste politique Fransual Dias, cette réapparition pourrait avoir des implications sur l’image et la crédibilité internationale de la Guinée-Bissau : « Cette offensive diplomatique ne renforcera pas l’image ni la crédibilité internationale de la Guinée-Bissau. Au contraire, elle met en évidence le contraste entre projection extérieure et défis internes ».
« Umaro Sissoco Embaló est simplement intéressé à se projeter, en espérant que tout continuera à être fait pour neutraliser ses adversaires. Umaro Sissoco Embaló ne s’intéresse pas à la République de Guinée-Bissau », conclut Fransual Dias.
