La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a une nouvelle fois fait pression sur les autorités de transition de Guinée-Bissau, appelant à la libération inconditionnelle de tous les prisonniers politiques, dont le leader du PAIGC, Domingos Simões Pereira. Dans le communiqué final du 69ème Sommet de l’organisation, tenu en Sierra Leone, les chefs d’État considèrent que la libération de l’ancien président de l’Assemblée populaire nationale constituerait un « geste de bonne volonté » pour renforcer la confiance de l’opposition, promouvoir un dialogue inclusif et donner de la crédibilité au processus de transition politique.
L’organisation régionale défend également le respect des droits de l’homme et des garanties judiciaires, appelant les autorités militaires à garantir des processus transparents et inclusifs en vue du référendum constitutionnel du 30 août et des élections générales prévues le 6 décembre. La CEDEAO a également nommé le Sénégal comme facilitateur du dialogue politique en Guinée-Bissau, avec pour mandat de soutenir une transition considérée comme crédible et harmonieuse à l’ordre constitutionnel. Domingos Simões Pereira est de nouveau détenu depuis le 10 juillet, dans une situation que l’opposition et sa défense qualifient de persécution politique.
DW Afrique : Pour vous, la CEDEAO continue-t-elle à avoir de la crédibilité dans la gestion de la situation en Guinée-Bissau ?
Néxus Faria (NF): Pour nous, la CEDEAO n’a plus la crédibilité dont elle jouissait auparavant. Il suffit d’analyser la déclaration qu’il a récemment publiée sur la situation en Guinée-Bissau. Il s’agit d’un document volumineux, mais avec peu de contenu et peu de substance.
La CEDEAO exhorte les autorités guinéennes à assurer la transition politique et le respect des droits de l’homme, y compris la libération de tous les prisonniers politiques, notamment Domingos Simões Pereira. Cependant, la partie la plus ridicule de la déclaration vient lorsqu’elle présente cette sortie comme « un geste de bonne volonté ».
Un autre élément qui illustre le manque de substance de la position de la CEDEAO est la désignation du Sénégal, par l’intermédiaire de son président, comme médiateur de la crise guinéenne. On sait que le président du Sénégal entretient des relations très étroites avec Umaro Sissoco Embaló. Aujourd’hui, alors qu’Embaló est identifié comme faisant partie du problème et accusé d’avoir organisé le coup d’État et dirigé le régime actuel, il est difficile de comprendre comment une personne aussi proche peut jouer le rôle d’un médiateur impartial.
En fait, les deux dirigeants se sont rencontrés récemment. Comment la CEDEAO peut-elle choisir comme médiateur une personnalité aussi étroitement liée à l’une des parties en présence ? Cela démontre que l’organisation n’est plus en mesure de dresser un bilan clair de la situation ni de reconnaître le manque d’impartialité du président sénégalais dans ce processus.
Pour nous, cela détruit tout espoir qui existait encore que la CEDEAO puisse contribuer sérieusement à la résolution du conflit politique en Guinée-Bissau.
DW Afrique : Lorsque la CEDEAO réclame la libération de Domingos Simões Pereira et parle d’un « geste de bonne volonté », quelle interprétation fait-elle de cette position ?
NF : La CEDEAO elle-même avait déjà approuvé une résolution ordonnant aux autorités bissau-guinéennes d’assurer la transition politique, la libération de tous les prisonniers politiques et le lancement d’efforts pour reconnaître les résultats des élections générales.
Aujourd’hui, près de huit mois plus tard, une nouvelle déclaration a été publiée dans laquelle l’organisation appelle le régime putschiste de Guinée-Bissau à libérer Domingos Simões Pereira en guise de « geste de bonne volonté ». Cela révèle une certaine hésitation quant à l’illégalité de sa détention.
En présentant la question de cette manière, la CEDEAO ouvre une brèche au régime, lui permettant d’évaluer et de considérer s’il est logique ou non de maintenir en prison le président de l’Assemblée populaire nationale. C’est un paradoxe.
Le président de l’Assemblée populaire nationale a été enlevé sans aucune décision judiciaire. Face à cette réalité, je ne comprends pas le doute exprimé par la CEDEAO. En demandant un geste de bonne volonté, l’organisation s’adresse à ceux qui exercent le pouvoir par la force.
Et celui qui gouverne par la force peut difficilement être considéré comme quelqu’un mû par la bonne volonté. Ceux qui ont du bien auront recours au dialogue, au discours politique et à la diplomatie pour résoudre les problèmes. Il ne recourt ni à la force ni à l’usage des armes.
Par conséquent, faire appel au bon sens et à la bonne volonté de ceux qui sont arrivés au pouvoir par la force pour libérer une personne revient, en substance, à ne pas comprendre la véritable nature du régime auquel nous avons affaire. Et c’est précisément ce qui, pour nous, ressort clairement des récentes actions de la CEDEAO.
