L’Angola tente de récupérer plus de 1,9 milliard de dollars à l’étranger qui auraient été transférés illégalement. Une partie de cet argent se trouve dans des pays comme le Portugal, où les processus de rapatriement sont toujours en cours. Mais le processus n’est pas seulement juridique : il implique également les relations politiques et la crédibilité du système financier angolais.
Le Portugal est l’un des pays où les capitaux angolais qui auraient été illégalement transférés à l’étranger sous le régime du président José Eduardo dos Santos doivent encore être récupérés.
Selon le procureur général de l’Angola, 18 millions d’euros restent à récupérer au Portugal.
Au total, l’Angola dispose de 1,9 milliards d’euros illégalement transférés à l’étranger alors que le pays connaissait une période de boom économique.
Raisons juridiques
Le juriste Rui Verde affirme qu’il est presque impossible pour l’Angola de récupérer la totalité de cette somme, principalement pour des raisons juridiques.
« La raison juridique est qu’il s’agit de décisions judiciaires prises en Angola, qui doivent être reconnues dans les pays où se trouve l’argent. Et souvent, comme c’est le cas en Suisse, cette reconnaissance n’existe pas. La raison pratique est qu’aucun système financier ne veut laisser autant d’argent quitter ses banques pour être livré en Angola. »
Les autorités portugaises compétentes n’ont rien à dire sur la procédure. Rui Verde estime néanmoins que des pays comme le Portugal ou la Suisse utiliseront les mécanismes juridiques à leur disposition pour éviter la restitution de ces sommes.
« La réalité est qu’il est extrêmement difficile de récupérer tout l’argent qui a été retiré à l’Angola. Le gros problème a été de laisser cet argent quitter le pays pendant des années. Et qui sait si cela continuera à se reproduire. »
Tensions politiques
Le sujet se pose également dans un contexte de tension politique entre l’Angola et le Portugal.
Lors de la visite à Lisbonne du président angolais João Lourenço, à l’occasion de l’investiture d’António José Seguro comme nouveau président du Portugal, le leader de Chega, André Ventura, a critiqué le régime angolais, l’accusant de corruption.
« La réponse que vous devriez avoir est la suivante : arrêtez d’utiliser le Portugal pour justifier votre pauvreté et votre corruption. Ce n’est pas la faute des Portugais si l’Angola est tel qu’il est, c’est la faute de João Lourenço ».
Un contexte politique qui peut influencer la coopération entre États, nécessaire à des processus tels que le rapatriement des capitaux.
Liste grise
Cependant, l’Angola reste sur la liste grise du Groupe international d’action financière, parmi les pays ayant des lacunes dans la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
Selon Rui Verde, le problème ne réside pas dans le manque de lois, mais dans leur application.
« La raison essentielle qui place l’Angola sur cette liste grise est le manque de contrôle de l’exécution. Il ne s’agit pas d’une question de législation comme le disent souvent les autorités angolaises. De nombreuses lois existent. Le problème est que les lois ne sont pas appliquées. »
Pour l’analyste, tant qu’il n’y aura pas de changements dans la performance des institutions, l’Angola continuera à faire face à des difficultés, tant pour sortir de la liste grise que pour récupérer des avoirs à l’étranger.
« Tant que les normes de performance des autorités gouvernementales angolaises ne changeront pas, l’Angola ne quittera pas la liste grise, quel que soit le nombre de nouvelles lois qu’il approuve. »
