Manuel Chang est déjà au Mozambique. Le retour de l’ancien ministre des Finances relance le débat sur le cas des « dettes cachées », un processus ancien, mais qui continue de marquer la politique et la justice mozambicaines.
Maintenant qu’il est de retour au pays, Manuel Chang doit-il enfin être entendu par la justice mozambicaine ? Les analystes interrogés par DW sont d’accord sur ce point : oui, il devrait retourner au banc des accusés ou, au moins, être entendu en tant que déclarant.
Rouvrir le processus de dettes cachées
Lors du procès de l’affaire des « dettes cachées » au Mozambique, en 2021 et 2022, Manuel Chang a été cité à plusieurs reprises, rappelle l’analyste Alexandre Chiúre. Mais comme il se trouvait aux États-Unis dans le cadre du même scandale, il n’a jamais répondu.
Maintenant, cela doit changer : « Il y a des raisons de rouvrir le processus et aussi d’activer les processus autonomes qui étaient en cours au tribunal et qui, malheureusement, ont été archivés. Son retour est une raison pour activer tous ces processus, pour être entendu et pour raconter à nouveau l’histoire à la première personne », ajoute l’analyste.
Alexandre Chiúre estime que l’ancien ministre des Finances a encore beaucoup de choses à clarifier par rapport au dossier des « dettes cachées ». En fait, une grande partie des informations sur le scandale ont été révélées grâce au procès intenté aux États-Unis, auquel Chang a répondu. Et, rappelle l’analyste, le parquet général a laissé ouverte la possibilité que l’ancien ministre soit entendu.
« Cela n’a pas du tout clôturé l’affaire. Dans les déclarations initiales, (le PGR) a laissé entendre que (ces questions) étaient closes, mais plus tard j’ai eu l’impression que tout était ouvert et qu’à tout moment, la justice mozambicaine pouvait revenir sur l’affaire », explique Alexandre Chiúre.
Réalité ou scénario improbable ?
L’analyste Dércio Alfazema affirme également que le retour de Chang est l’occasion de revenir sur le procès des dettes cachées. « Le procès de Manuel Chang sur le territoire national serait une grande opportunité pour clarifier les contours de sa participation dans cette affaire et aussi pour pouvoir écarter la responsabilité correspondante », souligne l’analyste.
Bien que les accusations portées contre l’ancien ministre des Finances soient différentes aux États-Unis et au Mozambique, Alfazema affirme que les faits sont les mêmes. L’analyste doute néanmoins qu’un nouveau procès puisse avoir lieu sur le territoire mozambicain.
« La chance qu’il soit jugé dans le cadre de ce processus pour dettes cachées au Mozambique est presque nulle, c’est très improbable. Ce serait un exercice juridique très forcé que d’être jugé à nouveau, même dans le cadre du processus autonome qui a été ouvert », souligne-t-il.
Rôle de la société civile
Pour Dércio Alfazema, la pression pourrait être décisive. L’analyste comprend que, pour faire avancer le cas du Mozambique, la société civile devrait faire un effort similaire à ce qu’elle a fait pour le cas des États-Unis.
« Ils ont investi beaucoup d’argent pour contacter des avocats afin de pouvoir intercéder en Afrique du Sud en faveur d’un procès de Manuel Chang aux États-Unis. Mais il s’avère que, lors du procès aux États-Unis, les intérêts américains qui étaient en jeu dans la clarification du cas au Mozambique ont été essentiellement sauvegardés et cela a fini par être mis de côté », explique l’analyste.
L’analyste Alexandre Chiúre affirme que l’ancien ministre a été le plus sacrifié dans ce processus. Il suggère cependant que Chang soit entendu comme déclarant : « Il faudrait qu’il clarifie certaines questions qui n’étaient pas très bien expliquées », conclut-il.
