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Massacre en Casamance : les cinq éclairages apportés par l’enquête

L’exercice est suffisamment rare pour être relevé. Depuis le début de l’enquête sur la tuerie de la Forêt classée des Bayottes, c’est la première fois qu’Alioune Abdoulaye Sylla, le Procureur de la République de Ziguinchor, tient un point de presse pour informer une opinion publique sénégalaise encore sous le choc, des résultats de l’enquête judiciaire sur le massacre en Casamance (sud du Sénégal) de 14 jeunes bûcherons. Peu à peu, une lumière crue se lève sur cette tuerie sanglante du 6 janvier dernier. Voici les cinq points qu'il faut en retenir.



Massacre en Casamance : les cinq éclairages apportés par l’enquête

L'exercice d'information -et de transparence- a été salué par les observateurs. En compagnie du colonel Issa Diack, chef de la section recherche de la gendarmerie, Alioune Abdoulaye Sylla, le procureur de la République à Ziguinchor a livré, lors d'un point de presse ce jeudi 25 janvier, les dernières avancées de l'enquête de la tuerie de masse qui a coûté la vie à 14 jeunes coupeurs de bois et des blessures à 7 autres de leurs compagnons.

1 - Le « planificateur » de la tuerie sur le banc des accusés

Sur un groupe initial de 22 suspects arrêtés, seize ont finalement été inculpés de quatre infractions pour la suite de la procédure devant le tribunal de Ziguincho r. Huit autres suspects ont ensuite été pris dans les filets des enquêteurs, le week-end dernier.

Fait nouveau : dans le lot, se trouve le planificateur du massacre du 6 janvier. « Celui qui avait planifié l'opération a été placé en garde à vue avec quinze suspects ayant pris une part active », détaille le procureur Alioune Abdoulaye Sylla sans donner de nom. Selon les conclusions complémentaires du colonel Issa Diack, l'« implication directe » des 24 suspects qui vont prendre place dans le box des accusés, ne fait plus aucun doute depuis une dizaine de jours.

2 - Les comités de vigilance et de surveillance des villages au cœur de l'enquête

« Il résulte que l'attaque du 6 janvier a été planifiée et exécutée par une personne pour le compte de deux villages », révèle le Procureur de la République de Ziguinchor. Pour le compte du parquet, il rappelle que plusieurs suspects, membres de comité de vigilance et de surveillance de la forêt de leurs villages, déjà condamnés à un mois de prison pour des différends réglés dans la violence avec des exploitants forestiers, font partie des accusés. Cette dernière information renforcerait la thèse du crime crapuleux, motivé par des différends sur la coupe abusive (ou le trafic) de bois de teck.

Sans doute par prudence, le procureur n'a pas révélé le nom des deux villages. Mais, en attendant d'identifier le nom de l'autre, tous les doigts sont pointés vers Toubacouta, un village situé en Basse-Casamance, à 10 km de Ziguinchor, d'où seraient originaires, quatre suspects du premier groupe d'inculpés.

3 - « Tentative d'assassinat et coups et blessures volontaires », les nouvelles charges

Le premier groupe des seize suspects devaient être poursuivis sur la base de quatre chefs d'inculpation déterminées par les enquêteurs lors des auditions : « association de malfaiteurs, assassinats, participation à un mouvement insurrectionnel et détention d'armes sans autorisation ». En plus d'avoir retenues ces lourdes charges, le procureur a rallongé la liste des chefs d'inculpation à la lumière des PV d'auditions du deuxième groupe arrêté. Les 24 suspects devront aussi répondre de « tentative d'assassinat et coups et blessures volontaires ».

4 - La « complicité » d'une faction du MFDC

Sous la pression et les accusations insistantes, le MFDC, mouvement insurrection actif depuis 1989 et divisé en factions, avait démenti son implication dans la tuerie dans la forêt des Bayottes. Le mouvement avait même présenté ses condoléances aux familles. Mais le procureur porte un doigt accusateur vers une de ses factions.

A en croire Alioune Abdoulaye Sylla, l'attaque contre les 14 coupeurs de bois aurait été « menée sous les ordres d'un lieutenant d'une faction » de la rébellion du MFDC. « La synthèse des informations recueillies a mené vers des pistes qui convergent vers la localité et le cantonnement d'une base ». Le procureur en veut pour preuve qu'une « partie des armes, munitions et tenues seraient venues des bases ». En clair, les armes qui ont servi à contraindre les 14 jeunes à se coucher sur le ventre avant de les abattre froidement dans les profondeurs de la Forêt de Bayottes, provenaient d'une faction rebelle.

5 - Le camp de Salif Sadio pointée du doigt

Entre les lignes, c'est la faction du MFDC dirigée Salif Sadio qui est visée. Ce dernier multiplie les sorties médiatiques pour nier l'implication du mouvement dans la tuerie du 6 janvier. A sa décharge, l'homme est allé jusqu'à citer le « code de conduite coutumier » de la région qui interdit même « de porter atteinte aux corps même de ces propres ennemis ».

Selon la presse locale, Salif Sadio aurait été trahi par ses relevés téléphoniques et ceux de deux de ses proches. Ces relevés prouveraient que le chef de cette faction rebelle aurait été en lien direct avec le groupe qui a tiré sur les 14 coupeurs de bois. De quoi menacer les discrets pourparlers de paix en Casamance avec l'Etat du Sénégal sous l'égide de la communauté San Egidio ? La culpabilité supposée de Salif Sadio entrerait en tout cas en droite ligne avec ses menaces de faire capoter le processus de paix si l'on continuait de vouloir faire du MFDC, le coupable désigné de la tuerie.

La piste de la complicité de fonctionnaires locaux sera-t-elle abandonnée ?

Pour autant, les soupçons sur le camp de Cesar Atoute Badiate, le chef de l'autre faction rebelle, sont dissipés à la lumière de ces nouveaux faits. Et si Salif Sadio payait le prix d'une piste qu'il souffle depuis le lancement de l'enquête et sur laquelle les enquêteurs restent muets ?

Au lendemain de la tuerie, « Le Journal du pays », publication qui relaie le point de vue des rebelles du MFDC avait pointé la piste du trafic de bois de teck comme principal motif de cette tuerie, avec des tentacules de complicité de hauts fonctionnaires locaux qui seraient les véritables rentiers de ce commerce illicite. En tout cas, pour l'heure, les enquêteurs comme le procureur se sont bien gardés de répondre sur cette piste qui semble de plus en plus abandonnée.

Vendredi 26 Janvier 2018
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