Guinée-Bissau : "PPG n'est pas né pour s'opposer"

Guinée-Bissau : le report des élections ne serait pas une surprise, selon un analyste

Le Premier ministre de transition, Ilídio Vieira Té, a déclaré ce mois-ci qu’il n’y avait aucune condition pour la tenue des élections prévues le 6 décembre.

Bien qu’il n’y ait pas eu d’annonce officielle concernant le report, des sources du gouvernement de transition interrogées par DW admettent cette possibilité. Les mêmes sources affirment également que, quelle que soit la date des élections générales, des élections locales devraient avoir lieu en 2027, les premières depuis l’indépendance de la Guinée-Bissau.

Dans une interview accordée à DW, le juriste et commentateur guinéen Cabi Sanhá estime qu’un report ne serait pas une surprise, compte tenu du contexte politique dans le pays après le coup d’État militaire.

DW Afrique : Que pensez-vous du possible report des élections prévues le 6 décembre de cette année ?

Cabi Sanha (CS): Après le coup d’État de novembre, une nouvelle date a été fixée, soit le 6 décembre, et rien de plus n’a été fait pour garantir que ces élections puissent effectivement avoir lieu. Rien n’a été fait. La preuve en est la suspension des activités politiques, l’absence totale de dialogue avec les acteurs clés et principaux du processus électoral, et la CEDEAO elle-même, à qui a été confiée la mission de médiation et de recherche d’une solution pour la Guinée-Bissau, se trouve dans une situation d’inertie totale.

Nous ne pouvons pas penser à des élections effectivement inclusives, libres et transparentes sans travailler sur le processus lui-même en vue de ces élections.

DW Afrique : Sommes-nous dans une situation d’illégalité constitutionnelle ?

CS : Exactement. Parce que la Constitution elle-même condamne le coup d’État, l’altération ou la subversion de l’ordre constitutionnel. Quoi qu’il en soit, si cela se produit, il faudra trouver le plus rapidement possible une solution plus crédible, en vue d’un retour à la normalité constitutionnelle. Et cela ne s’est pas produit.

Ni le gouvernement de transition, ni le commandement militaire lui-même, ni la CEDEAO elle-même n’ont rien fait en vue de rétablir la normalité constitutionnelle. Nous continuons donc dans cette situation d’illégalité constitutionnelle. Et le pire, c’est qu’on ne sait pas jusqu’à quand.

DW Afrique : Le fait que le gouvernement de transition n’ait rien fait pour rendre les élections possibles était-il un acte prémédité ou était-ce dû à des problèmes logistiques ou organisationnels ?

CS : Il me semble que ce n’était pas pour des raisons logistiques. Il s’agit plutôt d’une situation interne que ce gouvernement de transition pourrait préparer avec le commandement militaire lui-même.

Mais il y a aussi un manque de volonté dans ce sens, car même s’il n’y a pas de conditions logistiques, le processus devrait commencer.

DW Afrique: Le gouvernement de transition a déclaré à DW qu’il y aurait des élections locales l’année prochaine. Cela contribue-t-il, d’une manière ou d’une autre, à rendre la Guinée-Bissau gouvernable ? Quelles élections seraient les plus nécessaires pour le pays en ce moment : législatives, présidentielles ou locales ? Comment voyez-vous la situation ?

CS : Je pense que les élections locales sont nécessaires pour le pays, car depuis l’indépendance, le pays n’a jamais organisé d’élections locales. Ce serait donc une bonne initiative. Mais le gros problème est qu’on ne peut pas inverser la pyramide. Il ne s’agit pas de commencer par les autorités locales pour passer ensuite aux législatives et présidentielles. Non. Il faut organiser des élections législatives et présidentielles pour que le pays revienne à la normalité constitutionnelle et que nous puissions ensuite avancer vers des élections locales. Il faut en effet commencer par les élections présidentielles et législatives, puis passer aux élections locales.

DW Afrique : Quant aux élections législatives et surtout présidentielles, il n’y a pratiquement pas de candidats officiels. Est-ce que cela constitue également un problème pour la tenue de ces élections ?

CS : Oui, c’est un problème. Car comment peut-on avoir des candidats si toutes les activités politiques sont suspendues dans le pays ? Comment les partis tiendront-ils leurs congrès respectifs pour légitimer leurs instances et ensuite choisir les candidats aux députés et à la présidence ?

Par conséquent, la première étape à franchir est la réouverture des activités et des libertés politiques, pour ainsi dire, et ensuite nous pourrons passer aux élections.