Qui est Pedro Mendes, le nouveau procureur général de la République ?

Qui est Pedro Mendes, le nouveau procureur général de la République ?

Pedro Mendes de Carvalho a été nommé procureur général de la République d’Angola, en remplacement de Hélder Pitta Gróz, en poste depuis 2017. Le choix a été fait par le président angolais, après que le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire du ministère public a présenté trois candidats.

Pedro Mendes de Carvalho a occupé les postes de directeur national d’enquête et d’action pénale (DNIAP) et de directeur national de prévention et de lutte contre la corruption au sein du parquet général. Désormais, selon le journaliste José Gama, il sera confronté à un défi politique et institutionnel exigeant.

Dans une interview accordée à DW, l’analyste angolais souligne que, étant jeune et ayant des liens familiaux avec le MPLA, le nouveau procureur général de la République devra démontrer son indépendance du pouvoir politique. En guise de synthèse, José Gama a également souligné que, ces dernières années, le PGR a été marqué par des processus qui n’ont pas été poussés jusqu’à leurs conséquences finales et par des cas de corruption impliquant des magistrats.

DW Afrique : Comment évaluez-vous la nomination de Pedro Mendes de Carvalho au poste de procureur général de la République, compte tenu de sa carrière antérieure au ministère public ?

José Gama (JG) : Pour la première fois, nous aurons un jeune homme à la tête du bureau du procureur général. Jusqu’alors, il dirigeait la Direction de l’action pénale du parquet, qui est l’organisme où étaient traitées de nombreuses affaires de corruption dans le pays, impliquant de hautes personnalités de l’État. Il est également important de noter que, au sein de cette instance, de nombreux processus ont été retenus, notamment certains liés à l’enquête sur SonAir, la branche aérienne de Sonangol.

La nomination de Pedro Mendes de Carvalho pose désormais un défi : ce que sa direction a retenu, volontairement ou involontairement, devra aller de l’avant. La société exigera également des résultats, car elle devra démontrer son travail et donner des signes concrets que la lutte contre la corruption en Angola est capable d’avancer et ne reste pas immobile.

DW Afrique : Considérez-vous qu’il y aura une continuité dans les politiques et stratégies mises en œuvre par Hélder Pitta Gróz, ou prévoyez-vous des changements significatifs ?

JG : Il s’agit d’une équipe dont la direction était étroitement liée à celle du précédent procureur, le général Hélder Pitta Gróz, et, en partie, on peut considérer que le travail antérieur se poursuivra. Nous ne pouvons pas parler de rupture, car, comme je l’ai mentionné, il s’engage sur cette ligne et doit poursuivre ce qui était déjà à l’ordre du jour.

Il y a aussi une lecture politique à faire. Le processus de sélection a abouti à la nomination de trois noms et le Président de la République a choisi Pedro Mendes de Carvalho. L’interprétation donnée est que, compte tenu d’une éventuelle transition du pouvoir, le président João Lourenço pourrait quitter la présidence du pays, mais rester à la tête du parti, en cas de victoire électorale du MPLA. Dans cette situation, vous pourrez continuer à exercer votre influence au sein du parti. Avec un jeune procureur peu expérimenté, il risque d’être influencé par celui qui l’a nommé.

DW Afrique : Alors, prévoyez-vous plusieurs défis pour le nouveau procureur général de la République ?

JG : Oui, surtout le défi de démontrer l’indépendance, la capacité et la compétence pour exercer le rôle de manière autonome. Principalement, l’indépendance par rapport au pouvoir politique, même si, aux termes de la Constitution, le Bureau du Procureur général entretient une relation institutionnelle avec le Président de la République, avec des processus qui dépendent de son autorisation.

Pedro Mendes de Carvalho aura donc l’occasion – et le défi – d’affirmer cette indépendance. De plus, il est issu d’une famille traditionnellement liée au MPLA, ce qui représente un double enjeu : familial et politique. Il devra faire preuve d’autonomie et également corriger le parcours du PGR. Au cours des dix dernières années, le mandat du général Hélder Pitta Gróz a été marqué par des processus sélectionnés contre certains individus, mais qui n’ont pas été menés jusqu’à leurs conséquences finales.

DW África : Et quelle est votre évaluation du mandat d’Hélder Pitta Gróz depuis 2017 ? Quelles ont été, selon vous, les principales avancées et limites de votre travail en tant que chef du Parquet général ?

JG : Le mandat du général Hélder Pitta Gróz était conditionné par l’agenda politique. Il existe une perception selon laquelle la lutte contre la corruption en Angola a échoué, en partie à cause de l’instrumentalisation du PGR lui-même. Ce combat a perdu sa crédibilité.

Il a été signalé que des personnes ayant des dossiers avaient recours à des négociations ou tentaient d’exercer une influence pour maintenir les dossiers au point mort. Il y a par exemple le cas de l’ancien ministre Rabelais, dans lequel le parquet a avancé dans le dossier, mais les biens saisis ont fini par être partagés entre procureurs et juges.

En d’autres termes, il s’agissait d’un mandat dans lequel la justice était, dans certains cas, utilisée au profit des magistrats eux-mêmes, surtout à une époque où il existait une loi qui leur permettait de conserver 10 % des biens saisis. Cela a fini par encourager les pratiques de corruption au sein même du PGR, laissant le mandat d’Hélder Pitta Gróz marqué par ces situations.