Gilberto Mizalaque, Pedro de Carvalho et Mouta Liz ont été, ce lundi, les plus votés sur la liste de sept candidats au poste de procureur général de la République d’Angola, par le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire du ministère public. Mais celui qui décide, en fin de compte, ce n’est pas le Conseil supérieur de la magistrature, encore moins les citoyens, mais le Président de la République.
C’est ce modèle hybride, prévu par la loi, qui fait douter de l’existence d’une Justice véritablement juste et indépendante.
Dans une interview accordée à DW Afrique, Joaquim Teixeira, président du Syndicat des Officiers de Justice d’Angola (SOJA), parle du processus de choix du successeur d’Hélder Pitta Gróz, qui, selon lui, « soulève des questions pertinentes sur l’indépendance du poste ».
DW Afrique : Quels sont les critères essentiels que doit remplir un procureur général de la République ?
Joaquim Teixeira (JT) : Le choix du procureur général de la République est un moment particulièrement sensible pour la consolidation de l’État de droit en Angola, car cette personnalité est appelée à être le garant de la légalité de l’action de l’État et de la défense des intérêts de la société. Dans le débat actuel, où plusieurs noms sont évoqués, il est important de souligner que le critère essentiel ne doit pas être seulement la notoriété ou le parcours institutionnel des candidats, mais surtout leur capacité à occuper le poste avec indépendance, courage institutionnel et engagement sans équivoque pour la Justice.
DW Afrique : Laquelle des trois personnalités présélectionnées serait la plus qualifiée pour servir l’Angola ?
JT : L’Angola a avant tout besoin d’un procureur général qui soit considéré par les citoyens comme un véritable gardien de la légalité. Quelqu’un capable d’agir sans sélectivité, sans pression politique et sans crainte lorsqu’il s’agit de demander des comptes à quiconque, quelle que soit sa position dans la structure du pouvoir.
DW Afrique : Le modèle de choix laisse transparaître la démocratie dans sa phase initiale, avec des élections, mais à la fin, la volonté du Président de la République parle plus fort. N’est-ce pas « faire semblant » ?
JT : Concernant le fait que le choix résulte de l’indication du titulaire du pouvoir exécutif, il est important de reconnaître que ce modèle soulève, en soi, un débat légitime sur la préoccupation quant à l’indépendance du poste. La confiance du public dans la justice ne dépend pas seulement de la compétence du nom choisi, mais aussi de la transparence du processus et de la garantie que le procureur général agira en toute autonomie institutionnelle.
DW Afrique : Quelles garanties d’impartialité un procureur choisi par le pouvoir en place peut-il offrir ?
JT : Plus que l’origine du rendez-vous, le véritable test sera la pratique. La manière dont le futur procureur général de la République exercera son mandat. Son ouverture au contrôle public et la fermeté avec laquelle elle défendra la primauté de la loi et de la Constitution de la République d’Angola.
